
La Plateforme du Conseil de l’Europe pour la protection du journalisme et la sécurité des journalistes a publié son rapport annuel 2024, avertissant que la guerre en Ukraine et les pressions
politiques croissantes continuent de représenter de graves risques pour la liberté de la presse à travers l’Europe. Le rapport souligne des menaces persistantes telles que la surveillance numérique, la répression transnationale et la montée de la désinformation, même si de nouvelles protections juridiques offrent certains motifs d’espoir pour les journalistes.
«La sécurité des journalistes couvrant la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine demeure la préoccupation la plus urgente en Europe », souligne le rapport. Depuis 2015, la Plateforme suit les incidents touchant les professionnels des médias. En 2024, elle a enregistré 266 alertes concernant des attaques physiques, des intimidations, des détentions et d’autres restrictions — un chiffre légèrement inférieur à celui de 2023, mais toujours nettement supérieur aux niveaux d’avant la pandémie.
Noel Curran, directeur général de l’Union européenne de radio-télévision (UER), a déclaré :
« Cette année marque le dixième anniversaire de la Plateforme pour la sécurité des journalistes. Elle nous permet de mieux comprendre les dangers auxquels sont confrontés les professionnels des médias et appelle les gouvernements à répondre des crimes commis contre les journalistes. »
Principales menaces contre la liberté de la presse
Le rapport, intitulé «Europe Press Freedom Report 2024: Confronting Political Pressure, Disinformation and the Erosion of Media Independence», identifie plusieurs menaces majeures :
- Surveillance numérique: la surveillance croissante met en danger la confidentialité des sources journalistiques et fragilise le journalisme d’investigation.
- Répression transnationale: des journalistes, notamment originaires de Russie et de Biélorussie, subissent intimidations et pressions au-delà des frontières de leur pays.
- Capture des médias: dans certains pays, les gouvernements exercent une influence croissante sur les médias indépendants.
- Désinformation: la diffusion de contenus générés par l’IA et de propagande d’État vise à manipuler l’opinion publique et à affaiblir le journalisme indépendant.
Les pays comptant le plus grand nombre d’alertes sont l’Ukraine (40) — principalement dans les territoires occupés par la Russie —, la Russie (32), la Turquie (28), la Serbie (20) et la Géorgie (18). En Géorgie, le nombre d’alertes a plus que triplé, principalement en raison d’attaques contre des journalistes couvrant les manifestations pro-européennes.
Attaques physiques et détentions
En 2024, 78 alertes concernaient des attaques contre l’intégrité physique des journalistes, contre 52 en 2023. Parmi les victimes figurent la journaliste ukrainienne Viktoria Roshchyna, morte en détention russe, Ryan Evans, conseiller sécurité de Reuters, et le journaliste kazakh Aidos Sadykov.
En dehors des actes liés directement à la guerre menée par la Russie en Ukraine, la plupart des agressions physiques contre des journalistes ont eu lieu lors de la couverture de manifestations publiques et d’élections.
Au 31 décembre 2024, 159 journalistes étaient détenus en Europe, dont 44 en Biélorussie, 30 en Azerbaïdjan, 29 en Russie (auxquels s’ajoutent 28 dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie), 27 en Turquie et 1 en Géorgie.
Nouvelles protections juridiques et recommandations
Malgré les menaces juridiques persistantes contre les médias, les organisations partenaires saluent l’adoption de nouvelles mesures destinées à renforcer la liberté de la presse, notamment :
- une recommandation du Conseil de l’Europe visant à lutter contre les poursuites stratégiques contre la participation publique (SLAPP);
- l’adoption du Règlement européen sur la liberté des médias (European Media Freedom Act – EMFA);
- la mise en œuvre de la directive européenne anti-SLAPP.
La Plateforme appelle les États membres du Conseil de l’Europe, la Commission européenne et les institutions européennes à renforcer la protection juridique des journalistes, à lutter contre la désinformation et la capture des médias, et à promouvoir la transparence ainsi que la responsabilité des autorités.
Dix ans de surveillance de la liberté de la presse
Créée en 2015, la Plateforme pour la sécurité des journalistes a enregistré près de 2 000 alertes. Ses 15 organisations partenaires — parmi lesquelles Reporters sans frontières, la Fédération internationale des journalistes, PEN International et l’Union européenne de radio-télévision — fournissent des données et mènent des actions de plaidoyer pour défendre la liberté de la presse dans les 46 États membres du Conseil de l’Europe, ainsi qu’en Russie et en Biélorussie.
À l’approche du 10ᵉ anniversaire de la Plateforme en avril 2025, ce rapport rappelle les dangers persistants auxquels les journalistes sont confrontés et souligne l’urgence de renforcer les garanties pour protéger la liberté de la presse en Europe. Photo by Daniel R. Blume from Orange County, California, USA, Wikimedia commons.

















































































































































































