Un nouveau rapport de la We Are Monitoring Association met en lumière de graves accusations d’abus envers les migrants et réfugiés à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, décrivant
un schéma de violences, de refoulements forcés et de traitements dégradants de la part des forces des deux pays.
Le rapport, intitulé « Ils ne nous ont pas laissés parler », a été publié à l’occasion de l’anniversaire de la décision de la Pologne de suspendre le droit de demander une protection internationale à la frontière — une mesure vivement critiquée par les organisations de défense des droits humains en Europe.
S’appuyant sur 18 témoignages recueillis au cours de l’année écoulée, les auteurs estiment que cette politique n’a pas résolu la crise mais a au contraire aggravé la souffrance humaine dans la région frontalière. Si le gouvernement polonais affirme que ces restrictions ont contribué à limiter la migration irrégulière, il reconnaît également que la pression migratoire reste élevée.
Récits de violences et de refoulements
Les migrants interrogés décrivent des refoulements répétés — une pratique consistant à renvoyer des personnes de force de l’autre côté de la frontière sans leur permettre de demander l’asile.
Un ressortissant soudanais, identifié comme Omar, affirme qu’après avoir franchi la frontière polonaise, son groupe a été accueilli par la force.
« Ils ont tiré des balles en caoutchouc sur nous, nous ont battus et aspergés de gaz poivre », a-t-il déclaré. « Ils ne nous ont posé aucune question et ne nous ont pas laissés parler. »
Selon son témoignage, le groupe a ensuite été soumis à une prise d’empreintes digitales, a reçu une quantité minimale d’eau et aucune nourriture, puis a été trompé — on leur aurait fait croire qu’ils étaient conduits en Allemagne, avant d’être finalement ramenés à la frontière biélorusse.
Un autre migrant soudanais, Amir, explique avoir fui la guerre et les difficultés dans l’espoir de trouver refuge en Europe, mais avoir été refoulé à plusieurs reprises.
« Nous avions l’impression de ne pas être des êtres humains, mais des animaux », a-t-il déclaré, ajoutant qu’un de ses compagnons est décédé près d’une borne frontalière fin 2025.
Préoccupations juridiques et critiques
Des experts juridiques cités dans le rapport, notamment de la Helsinki Foundation for Human Rights, estiment que la suspension du droit d’asile en Pologne viole à la fois le droit de l’Union européenne et la Constitution polonaise.
Selon eux, cette mesure n’est ni nécessaire ni proportionnée et expose les migrants à de graves risques, notamment la violence, la persécution et des traitements inhumains.
Les chiffres de la crise
Le rapport dresse un tableau préoccupant de la situation en 2025 :
- 3 164 personnes ont demandé de l’aide
- 400 interventions humanitaires ont été menées
- 2 077 refoulements de la Pologne vers la Biélorussie ont été documentés
- 400 personnes ont signalé des violences de la part des forces polonaises
- 487 ont signalé des abus de la part des forces biélorusses
- 200 ont déclaré avoir subi des violences des deux côtés
Les migrants arrivant à la frontière provenaient principalement de Somalie, d’Afghanistan, d’Éthiopie, d’Érythrée et du Soudan.
Au moins 103 personnes seraient mortes dans la zone frontalière entre août 2021 et mars 2025.
Contexte : la crise à la frontière Pologne–Biélorussie
La situation à la Poland–Belarus border est une source de tensions depuis 2021, lorsque des milliers de migrants ont commencé à affluer dans la région.
L’Union européenne et la Poland accusent la Belarus d’avoir orchestré ces flux migratoires dans le cadre d’une stratégie de pression hybride contre l’UE — une accusation que Minsk rejette. De nombreux migrants sont acheminés vers la Biélorussie puis dirigés vers les frontières de l’UE, où ils se retrouvent piégés dans une zone fortement militarisée.
En réponse, la Pologne a renforcé sa frontière avec des clôtures, des forces militaires et des lois d’urgence limitant l’accès des ONG et des journalistes. Un état d’urgence a initialement restreint la couverture médiatique de la zone, rendant difficile la vérification indépendante des incidents.
Les organisations humanitaires affirment que les migrants sont souvent pris dans un cycle de refoulements entre les deux pays, bloqués dans des forêts sans nourriture, abri ni soins médicaux — en particulier pendant les hivers rigoureux.
Si les autorités polonaises présentent ces mesures comme nécessaires à la protection de la frontière extérieure de l’UE, leurs détracteurs estiment qu’elles compromettent le droit d’asile et risquent de banaliser des violations des droits humains.





















































































































































































