
Le racisme structurel à l’encontre des communautés roms et des Gens du voyage demeure une réalité persistante et souvent banalisée en Belgique, selon un nouveau rapport publié par le
centre pour l’égalité des chances Unia à l’occasion de la Journée internationale des Roms, le 8 avril.
Les conclusions dressent un constat préoccupant : la discrimination est non seulement répandue, mais aussi profondément normalisée dans la vie quotidienne. Le logement apparaît comme l’un des domaines les plus critiques. De nombreux Roms et Gens du voyage font face à une pénurie chronique de terrains adaptés, à des expulsions fréquentes et à des obstacles administratifs complexes, notamment pour obtenir une adresse officielle.
Unia souligne que l’accès à un logement décent reste hors de portée pour beaucoup. Sans logement stable, d’autres droits fondamentaux — comme l’éducation et les soins de santé — sont également compromis, renforçant ainsi un cercle vicieux d’exclusion.
Au-delà du logement, le rapport met en lumière la persistance de stéréotypes négatifs, de discours de haine et même de crimes haineux visant les communautés roms. Malgré cela, le nombre de plaintes officielles reste faible. En 2025, seules 46 signalements ont été enregistrés par Unia, un chiffre que l’organisation estime largement en deçà de la réalité.
Les experts expliquent cette sous-déclaration par plusieurs facteurs, notamment une méfiance profonde envers les institutions, une connaissance limitée des droits et la crainte de représailles. De nombreux cas sont signalés indirectement via des ONG ou des travailleurs sociaux, ce qui révèle un manque de confiance des communautés concernées envers les autorités.
Le rapport souligne également que la Belgique ne respecte toujours pas les normes européennes concernant les aires d’accueil pour les Gens du voyage, malgré plusieurs décisions antérieures appelant à des améliorations.
Unia plaide pour une stratégie nationale ambitieuse, assortie d’objectifs clairs et de moyens financiers dédiés. L’organisation insiste aussi sur la nécessité d’impliquer directement les communautés roms et des Gens du voyage dans l’élaboration des politiques qui les concernent.
Elle appelle en outre à reconnaître explicitement l’antitsiganisme — le racisme visant les Roms — dans les politiques de lutte contre le racisme, ainsi qu’à faire du 2 août une journée officielle de commémoration du génocide des Roms pendant la Seconde Guerre mondiale.
Un défi à l’échelle européenne
La situation en Belgique reflète un problème plus large au sein de l’Union européenne, où les Roms — estimés entre 10 et 12 millions de personnes — restent l’un des groupes les plus marginalisés.
Ces dernières années, l’UE a intensifié ses efforts pour lutter contre les discriminations, notamment à travers son cadre stratégique pour les Roms (2020–2030), qui vise à améliorer l’accès au logement, à l’éducation, à l’emploi et aux soins de santé, tout en combattant les crimes de haine et les discriminations systémiques.
Cependant, les progrès restent inégaux. Des organisations de défense des droits humains continuent de signaler des cas de ségrégation scolaire, de discriminations dans l’accès aux services publics et de traitements inéquitables dans plusieurs pays.
La Commission européenne appelle régulièrement les États membres à transformer leurs engagements en actions concrètes. Parallèlement, les militants réclament une meilleure reconnaissance des injustices historiques, notamment du génocide des Roms, ainsi qu’une application plus stricte des lois anti-discrimination.
Comme le souligne le rapport d’Unia, la lutte contre le racisme envers les Roms nécessite bien plus que des déclarations politiques : elle exige une volonté durable, l’implication des communautés concernées et une remise en question des préjugés profondément enracinés. Foto-donald judge, Wikimedia commons.



















































































































































































