Le chancelier allemand Friedrich Merz a promis de tout mettre en œuvre pour sauver le programme européen de chasseur de nouvelle génération, avertissant que l’avenir industriel de
l’Allemagne ainsi que la coopération européenne en matière de défense sont en jeu.
S’exprimant lors d’une conférence organisée par le *Frankfurter Allgemeine Zeitung*, Merz a déclaré que son gouvernement travaillait intensivement pour relancer le Système de combat aérien du futur (FCAS), un projet commun réunissant l’Allemagne, la France et l’Espagne.
« L’avenir de l’industrie allemande est désormais en jeu », a-t-il affirmé, soulignant les liens étroits entre la base industrielle du pays et son secteur de la défense. Il a ajouté qu’il « se battrait jusqu’au tout dernier moment » pour préserver des projets européens majeurs comme le FCAS.
Ce programme, estimé à environ 100 milliards d’euros, vise à développer un système de combat aérien de pointe destiné à remplacer les avions de chasse actuels d’ici les années 2040. Cependant, il est aujourd’hui menacé par des tensions croissantes entre Dassault Aviation, côté français, et Airbus, représentant les intérêts allemands et espagnols. Le différend porte notamment sur la gouvernance, les droits de propriété intellectuelle et le partage des tâches.
Pour tenter de débloquer la situation, Berlin et Paris ont nommé deux médiateurs de haut niveau — un pour chaque pays — chargés de proposer des solutions d’ici la fin du mois prochain.
Au-delà du FCAS, Merz a également évoqué une stratégie plus large visant à renforcer le rôle de l’Allemagne dans la défense européenne. Il a confirmé que le gouvernement allemand prévoit d’acquérir une participation significative dans KNDS, le fabricant franco-allemand des chars Leopard. Cette initiative vise à préserver l’influence nationale alors que l’entreprise prépare une éventuelle introduction en Bourse cette année, avec une valorisation estimée entre 20 et 25 milliards d’euros.
Selon des informations précédentes, Berlin pourrait viser une participation d’au moins 25,1 %, garantissant ainsi une minorité de blocage dans une entreprise stratégique.
Contexte : coopération militaire franco-allemande
Le programme FCAS dépasse largement le cadre industriel : il constitue un pilier central de la coopération de défense entre la France et l’Allemagne, souvent considérée comme le moteur de l’autonomie stratégique européenne.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les deux pays ont progressivement renforcé leurs liens militaires, à travers des brigades conjointes et des projets d’armement communs. L’un des exemples les plus emblématiques est KNDS, issu du rapprochement entre l’allemand Krauss-Maffei Wegmann et le français Nexter, symbole d’une intégration industrielle transfrontalière.
Un autre projet majeur est le MGCS (Main Ground Combat System), futur char de combat destiné à remplacer les Leopard 2 allemands et les Leclerc français. Comme le FCAS, ce programme a également été confronté à des retards et à des divergences sur la répartition industrielle.
Malgré ces difficultés, la coopération franco-allemande reste essentielle pour les ambitions de défense de l’Europe. Ensemble, les deux pays représentent une part significative des dépenses militaires et des capacités technologiques de l’Union européenne. Toutefois, les rivalités industrielles, les différences de vision stratégique et la concurrence entre champions nationaux continuent de mettre cette relation à l’épreuve.
L’issue du dossier FCAS est donc scrutée de près : elle dépasse le sort d’un seul programme et pourrait déterminer la capacité de l’Europe à bâtir une industrie de défense unifiée et compétitive. Foto-Steffen Prößdorf, Wikimedia commons.



















































































































































































