
Les journalistes en Europe travaillent dans un environnement de plus en plus hostile, marqué par la violence, l’intimidation et les poursuites judiciaires, selon le rapport
annuel publié par le Conseil de l’Europe via sa Plateforme pour la sécurité des journalistes.
Le constat est alarmant : le nombre de violations graves de la liberté de la presse a augmenté de 29 % en 2025 par rapport à l’année précédente. Au total, 344 incidents ont été recensés dans les 46 États membres du Conseil de l’Europe, ainsi qu’en Russie et au Bélarus, contre 266 en 2024.
La plateforme, qui réunit 15 organisations internationales de défense de la liberté de la presse, documente des abus allant des agressions physiques au harcèlement judiciaire. Les violences contre les journalistes constituent la catégorie d’incidents la plus fréquente. La Russie, la Turquie, la Géorgie, la Serbie et l’Ukraine figurent parmi les pays les plus touchés.
Guerre et répression
La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine reste la menace la plus grave pour les journalistes en Europe. En 2025, les journalistes ukrainiens Olena Gramova, Yevhen Karmazin et Tetjana Kulyk, ainsi que le photographe français Antoni Lallican, ont été tués lors d’attaques de drones russes. D’autres ont disparu ou sont détenus dans des territoires occupés par la Russie.
En Russie même, la répression s’intensifie. Des journalistes indépendants ayant fui le pays sont désormais condamnés par contumace, illustrant la volonté des autorités de faire taire toute voix critique, y compris au-delà de leurs frontières.
De plus en plus de journalistes emprisonnés
Le rapport met également en garde contre le recours croissant à l’emprisonnement pour contrôler les médias. À la fin de l’année 2025, au moins 148 journalistes et travailleurs des médias étaient détenus en Europe.
Les chiffres les plus élevés concernent l’Azerbaïdjan (36), la Russie (32), le Bélarus (27), les territoires ukrainiens occupés par la Russie (26) et la Turquie (24). Des cas ont aussi été signalés en Arménie et en Géorgie. Selon les organisations de défense de la presse, ces détentions reposent souvent sur des lois floues relatives à la sécurité nationale ou sur des accusations à caractère politique.
Des conditions de travail précaires
Au-delà de la répression directe, les journalistes sont confrontés à une précarité croissante. D’après la dernière étude du Media Pluralism Monitor, seuls le Danemark et l’Allemagne offrent actuellement de bonnes conditions de travail aux journalistes.
La Belgique, l’Estonie, la Finlande, les Pays-Bas et la Suède restent classés comme des pays à risque limité. En revanche, la situation est jugée très préoccupante en Croatie, en Grèce, en Hongrie, à Malte, en Roumanie et en Espagne, où les conditions sont qualifiées de très mauvaises et instables.
Pressions politiques sur les médias publics
Le rapport souligne également la montée des ingérences politiques, citant une controverse survenue en Belgique autour du radiodiffuseur public RTBF. L’an dernier, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a publiquement évoqué la possibilité de privatiser, voire de « supprimer », le média.
Il a été vivement critiqué par l’Association des journalistes professionnels après la fuite d’une conversation téléphonique dans laquelle il aurait proféré des menaces physiques à l’encontre d’un journaliste de la RTBF. Il a par la suite affirmé que ses propos avaient été mal interprétés.
Des alertes trop souvent ignorées
Créée en 2015, la Plateforme pour la sécurité des journalistes fonctionne grâce à des alertes émises par des associations de journalistes, des syndicats et des ONG. Les États concernés sont censés y répondre et prendre des mesures pour prévenir l’impunité.
Or, le rapport déplore un manque d’engagement persistant des gouvernements : moins de la moitié des alertes reçoivent une réponse officielle. Une situation qui, selon les défenseurs de la liberté de la presse, encourage les agresseurs et entretient un climat de peur.
La conclusion est sans appel : sans une volonté politique renforcée pour protéger les journalistes, l’Europe risque de banaliser l’hostilité envers la presse, alors même que l’information indépendante n’a jamais été aussi essentielle.






















































































































































































