
L’Union africaine a suspendu Madagascar après la prise de pouvoir de l’armée qui a renversé le président Andry Rajoelina. Le commandant de l’armée, le colonel Michael Randrianirina, doit
prêter serment vendredi en tant que nouveau président du pays, à la suite de l’une des plus graves crises politiques qu’ait connues l’île depuis des années.
La crise a éclaté mardi, lorsque l’unité d’élite de l’armée, Capsat, a pris le contrôle peu après que le parlement a voté la destitution de Rajoelina. Le président aurait quitté le pays alors que les manifestations s’intensifiaient dans la capitale, Antananarivo.
Madagascar rejoint ainsi la liste croissante des anciennes colonies françaises – le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Gabon et la Guinée – qui ont connu des coups d’État militaires depuis 2020.
Confirmé comme président intérimaire par la plus haute juridiction du pays, Randrianirina a défendu l’action de l’armée: « Ce n’était pas un coup d’État », a-t-il déclaré. « C’était un acte de responsabilité, car le pays était au bord de l’effondrement. »
Il a promis un retour à un gouvernement civil d’ici deux ans, avec des élections prévues dans 18 à 24 mois. Entre-temps, il a annoncé que l’armée allait restructurer les principales institutions et former un nouveau gouvernement, les discussions étant déjà en cours pour désigner un Premier ministre. La transition sera supervisée par un comité composé d’officiers de l’armée, de la gendarmerie et de la police.
Selon un communiqué diffusé par la télévision d’État, Randrianirina prêtera serment le 17 octobre « en tant que président de la refondation de la République de Madagascar » lors d’une audience solennelle de la Haute Cour constitutionnelle.
Ancien critique virulent du régime Rajoelina, Randrianirina avait été emprisonné en 2023 pour avoir prétendument tenté un coup d’État. Son accession soudaine au pouvoir a suscité de vives réactions sur la scène internationale.
L’Union africaine a annoncé la suspension immédiate de Madagascar, tandis que les Nations unies ont exprimé leur «profonde préoccupation face à ce changement de pouvoir anticonstitutionnel ».
La France a rappelé qu’il était « essentiel de respecter la démocratie, les libertés fondamentales et l’État de droit », tandis que l’Allemagne a appelé « à la prudence dans cette situation confuse».
La Russie a, de son côté, exhorté à « la retenue et à la prévention de tout bain de sang ».
L’organisation régionale SADC, dont Rajoelina assurait la présidence tournante, a également fait part de son inquiétude.
Malgré ces tensions, Antananarivo restait relativement calme mercredi soir. Un concert s’est tenu sur la place du 13 Mai, symbole historique des mouvements populaires, quelques jours à peine après que des affrontements entre manifestants et forces de sécurité s’y étaient produits.
Une grande partie des récentes manifestations a été menée par la jeune génération malgache, un mouvement Gen Z qui avait commencé à protester fin septembre contre les pénuries d’eau et d’électricité, avant que les revendications ne s’élargissent à une dénonciation de la classe politique.
Dans un message publié sur Facebook, le mouvement Gen Z a salué la volonté de dialogue du colonel Randrianirina, tout en réaffirmant ses appels à un « changement systémique ».
«Nous sommes inquiets pour la suite », confie Fenitra Razafindramanga, capitaine de l’équipe nationale de rugby, « mais nous savourons cette première victoire qui nous redonne espoir. »
Dans la ville septentrionale d’Antsiranana, certains habitants ont exprimé leur soulagement face au départ de Rajoelina.
«C’est comme si nous sortions de prison », témoigne Muriella, une entrepreneuse. « C’est aussi un message à son successeur : qu’il apprenne de cette situation et ne répète pas les mêmes erreurs». Foto- Bernard Gagnon, Wikimedia commons.






















































































































































































