La France s’est réveillée dans le chaos mercredi. Des autoroutes ont été bloquées, des stations-service fermées, et même des lignes de train interrompues après que des incendies ont
endommagé des câbles électriques. Dans les villes comme Paris, Lyon ou Marseille, des foules ont dressé des barricades, scandé des slogans devant les gares et affronté la police.
Ces manifestations font partie d’un nouveau mouvement baptisé « Bloquez tout » — et c’est bien ce que les gens essaient de faire. Né cet été dans certains cercles d’extrême droite en ligne, le mouvement s’est rapidement élargi. Aujourd’hui, il rassemble aussi l’extrême gauche, les antifascistes, les anarchistes, les syndicats et les étudiants. Pour une fois, les extrêmes politiques marchent côte à côte.
Les autorités ont répondu par une démonstration de force massive : 80 000 policiers déployés à travers le pays. Des centaines d’arrestations ont eu lieu, et les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser les foules. À Rennes, un bus a été incendié. Devant la gare du Nord à Paris, les manifestants ont refusé de quitter les lieux, scandant : « On est là, même si Macron ne veut pas, on est là. »
Devant un lycée de l’est parisien, des élèves ont bloqué l’entrée. La police a forcé le passage à coups de gaz lacrymogènes, se heurtant à des adolescents et à des travailleurs venus les soutenir. « La police a chargé la ligne de piquet pour casser la grève », a raconté Ariane Anemoyannis, porte-parole du collectif de jeunes Le Poing Levé.
Tout cela survient quelques jours seulement après l’effondrement du gouvernement d’Emmanuel Macron. Le point de rupture ? Le plan de l’ex-Premier ministre François Bayrou visant à couper plus de 50 milliards d’euros dans le budget — avec des réductions dans la santé, les retraites, et même la suppression de jours fériés. Gauche et droite se sont unies pour renverser le gouvernement par une motion de censure.
Mais le départ de Bayrou n’a pas apaisé la colère. Beaucoup de manifestants ne veulent pas seulement stopper les coupes budgétaires : ils réclament désormais le départ de Macron lui-même, trois ans avant la fin de son mandat.
En urgence, Macron a nommé un nouveau Premier ministre : Sébastien Lecornu, son cinquième en moins de deux ans. Il promet de tendre la main aux différents partis, mais difficile de savoir si cela suffira à calmer la rue.
Pour certains Français, la situation est devenue personnelle. Catherine Parrat, 71 ans, confie avoir voté pour Macron mais se sentir aujourd’hui trahie. « Il s’en fiche complètement », dit-elle, déplorant les impôts trop lourds et regrettant que la mobilisation n’ait pas été encore plus massive.
Ce qui rend le mouvement particulièrement difficile à contenir, c’est son caractère sans leader. Aucun syndicat ou figure unique ne le dirige — seulement des groupes venus de tous horizons qui se rassemblent sous un même mot d’ordre : « Bloquez tout. »
La dernière fois que la France a connu une telle intensité, c’était en 2018, avec les Gilets jaunes. À l’époque, la colère visait la taxe carbone sur les carburants. Aujourd’hui, elle vise l’austérité et un gouvernement que beaucoup jugent déconnecté.
Et alors que les flammes s’élèvent dans les rues et que les barricades se multiplient, une chose est sûre : le bras de fer ne fait que commencer. Foto-Rama, Wikimedia commons.















































































































































































