
La Présidence chypriote du Conseil a entamé une vaste série de rencontres avec les commissions du Parlement européen, afin de présenter ses priorités politiques
et législatives pour le premier semestre 2026. Chypre assurera la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne jusqu’à la fin du mois de juin, avec des auditions ministérielles organisées tout au long de la fin janvier et du début février.
Ces auditions, qui continueront d’être mises à jour au fil de leur déroulement, dessinent les contours d’une présidence axée sur la cohésion sociale, la sécurité, la compétitivité et l’autonomie stratégique, dans un contexte de contraintes budgétaires accrues et de fortes tensions géopolitiques.
L’égalité et les droits fondamentaux au premier plan
En ouverture, la commission des droits des femmes et de l’égalité des genres a entendu le ministre de la Justice, Costas Fitiris, qui a placé l’égalité entre les femmes et les hommes au cœur de la présidence. La lutte contre les violences fondées sur le genre — y compris en ligne —, le renforcement du soutien aux victimes et l’intégration de l’égalité dans toutes les politiques européennes figurent parmi les priorités immédiates, aux côtés des préparatifs de la stratégie européenne pour l’égalité 2026-2030.
Les députés ont appelé à une approche intersectionnelle plus affirmée, mettant en garde contre un recul croissant des droits des femmes. Ils ont insisté sur la santé et les droits sexuels et reproductifs, l’égalité des personnes LGBTQI, la budgétisation sensible au genre et la nécessité de débloquer la directive anti-discrimination, tout en soulignant les nouveaux risques liés aux plateformes numériques et à l’intelligence artificielle.
Culture, médias et résilience démocratique
La culture et l’éducation ont également occupé une place centrale, la vice-ministre de la Culture, Vasiliki Kassianidou, plaidant pour une « boussole culturelle pour l’Europe » afin d’ancrer la culture au cœur de l’élaboration des politiques européennes. Le programme AgoraEU 2028-2034 vise à renforcer la culture et les médias en tant que biens publics démocratiques, parallèlement à des avancées sur l’éducation aux médias et la protection et la restitution des biens culturels.
Les eurodéputés ont largement soutenu cette vision, tout en rappelant que l’ambition devra s’accompagner de financements suffisants dans le prochain budget pluriannuel de l’UE. Plusieurs ont souligné le rôle clé de la culture dans la lutte contre la désinformation et appelé à de meilleures conditions de travail pour les artistes et à une protection accrue des médias indépendants.
Marché intérieur, numérique et protection des consommateurs
Devant la commission du marché intérieur, le ministre de l’Énergie et du Commerce, Michael Damianos, a mis en avant des priorités allant de l’agenda des consommateurs à l’horizon 2030 à la protection renforcée des mineurs en ligne et à la lutte contre les pratiques commerciales trompeuses. La présidence entend également accélérer les dossiers numériques « omnibus », la réforme douanière et les négociations sur le détachement des travailleurs.
Les députés ont interrogé Chypre sur ses plans pour renforcer la souveraineté numérique de l’UE face aux ingérences étrangères, appelant à une application plus rigoureuse du règlement sur les services numériques et de la législation sur l’IA. L’éventuelle interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs, la préférence européenne dans les marchés publics et le dossier des retards de paiement ont suscité un vif débat.
Transports, tourisme et connectivité
Le ministre des Transports, Alexis Vafeades, a assuré que la présidence mettrait l’accent sur les droits des passagers aériens et sur des systèmes de transport plus verts, plus sûrs et plus compétitifs. Les ministres en charge du transport maritime et du tourisme ont évoqué la future stratégie industrielle maritime de l’UE, une déclaration sur les gens de mer et l’évaluation de l’agenda européen du tourisme à l’horizon 2030.
Les eurodéputés ont affirmé qu’ils ne toléreraient aucun affaiblissement des droits existants des passagers et ont exhorté la présidence à accélérer les travaux sur la sécurité routière, la législation automobile et le financement des infrastructures transfrontalières, notamment pour les carburants alternatifs.
Justice, migration et État de droit
Les débats en matière de libertés civiles ont porté sur la criminalité organisée, le terrorisme, les abus sexuels sur mineurs et les menaces numériques. Chypre s’est engagée à renforcer la coopération via Europol et à consolider les frontières extérieures. La politique migratoire se concentrera sur la mise en œuvre du pacte sur la migration et l’asile et sur l’amélioration des retours grâce à des partenariats avec des pays tiers.
Les députés ont réclamé une meilleure interopérabilité des systèmes de police et d’asile, une protection renforcée des acteurs luttant contre la criminalité organisée, ainsi que des garanties solides en matière de protection des données et de droits fondamentaux.
Par ailleurs, la vice-ministre chargée des affaires européennes, Marilena Raouna, a rappelé que l’État de droit est le socle du marché unique et du projet européen. La présidence entend faire avancer les procédures prévues à l’article 7 et promouvoir la simplification et une meilleure réglementation, suscitant des questions sur la réponse de l’UE aux ingérences étrangères, à la désinformation et aux nouvelles menaces sécuritaires.
Pêche, commerce et politique extérieure
En matière de pêche, la ministre de l’Agriculture, Maria Panayiotou, a affirmé sa volonté de renforcer la politique commune de la pêche et de défendre le secteur dans le prochain budget européen. Les députés ont unanimement rejeté les réductions budgétaires envisagées, appelant à la modernisation de la flotte, à la simplification juridique et à une transition pragmatique vers la décarbonation.
Les échanges sur le commerce ont mis en lumière l’équilibre délicat entre ouverture et défense des intérêts stratégiques de l’UE. Les ministres ont été interrogés sur les relations transatlantiques, le Mercosur, la surcapacité dans l’acier, la réforme de l’OMC, ainsi que sur les accords commerciaux avec des partenaires comme l’Inde et les Philippines, sans oublier la réponse européenne à la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.
Défense, élargissement et action extérieure
Devant les commissions des affaires étrangères et de la défense, Chypre a insisté sur l’autonomie stratégique européenne, le soutien continu à l’Ukraine et le renforcement des partenariats internationaux. Les priorités en matière de défense incluent le développement de la base industrielle européenne, la sécurité maritime, l’innovation et la protection des infrastructures critiques.
Les députés ont soulevé des questions allant de l’élargissement de l’UE et de la réforme institutionnelle à la sécurité en Méditerranée orientale, à l’utilisation des drones dans les conflits modernes et à l’opérationnalisation de la clause de défense mutuelle de l’UE.
Économie, énergie, politique sociale et santé
De l’industrie et de l’énergie à l’emploi, à l’agriculture, à l’environnement et à la santé, la présidence chypriote a présenté un programme dense : sécurisation de l’approvisionnement énergétique tout en poursuivant la décarbonation, simplification des règles pour les PME, lutte contre la pauvreté infantile, réponse à la crise du logement, renforcement de la résilience hydrique et consolidation des systèmes de santé.
Le ministre de la Santé, Neophytos Charalambides, a mis en avant la finalisation du règlement sur les médicaments critiques, les travaux sur la législation en biotechnologie et l’amélioration de l’accès à des médicaments abordables, tandis que les députés ont averti que ces ambitions nécessiteront un budget européen de la santé à la hauteur.






















































































































































































