
Les autorités turques ont annulé un concert d’Enrico Macias — le chanteur français d’origine algérienne et juive, adoré en Turquie depuis des décennies — après l’annonce de manifestations
prévues contre son soutien affiché à Israël.
L’annulation a été annoncée mercredi par le gouvernorat d’Istanbul, seulement deux jours avant que Macias ne monte sur scène dans le quartier de Şişli. Les autorités ont expliqué que « d’intenses appels à manifester » rendaient impossible la tenue du concert, estimant que l’événement risquait de provoquer des troubles et de placer les protestataires dans une position juridique délicate. En conséquence, le concert — ainsi que toute manifestation à proximité — a été interdit.
Cette décision s’inscrit dans un climat politique tendu, marqué par le discours de plus en plus virulent du président Recep Tayyip Erdoğan contre Israël. Ces derniers mois, Erdoğan a qualifié Israël « d’État terroriste » et a décrit le Premier ministre Benjamin Netanyahou comme « un vampire qui se nourrit de sang ». Des propos qui lui ont valu de vives critiques de la part d’Israël, des responsables américains et de plusieurs organisations juives, qui l’accusent d’attiser l’antisémitisme.
Pour Macias, la nouvelle a été un véritable choc. Âgé de 86 ans, il a confié être « profondément surpris et attristé » par cette décision. « J’ai eu le privilège de chanter à Istanbul et à Izmir pendant plus de 60 ans, des villes que j’affectionne particulièrement pour leurs publics extraordinaires », a-t-il déclaré à l’AFP. « Je regrette de ne pas pouvoir retrouver mon public, avec lequel j’ai toujours partagé des valeurs de paix et de fraternité. »
La carrière de Macias est aussi riche qu’empreinte d’histoire. Né Gaston Ghrenassia à Constantine, en Algérie, en 1938, il a fui vers la France durant la guerre d’indépendance algérienne, après l’assassinat de son beau-père, lui-même musicien. En France, il prend le nom de scène Enrico Macias et devient une star internationale, mêlant chanson française et influences arabo-andalouses. Sa musique a touché un large public, jusqu’à figurer — selon certaines sources — dans la collection personnelle d’Osama ben Laden.
Au fil des décennies, Macias a suscité à la fois admiration et controverse. Interdit dans certains pays arabes pour son engagement en faveur de la paix israélo-arabe, il a aussi été honoré par la communauté internationale : en 1997, le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan lui a décerné le titre de « messager de la paix ». Son soutien à Israël, en revanche, n’a jamais faibli : concerts de solidarité, déclarations publiques de sionisme, et même la promesse, en 2020, de s’installer en Israël si Marine Le Pen accédait à la présidence française. Plus récemment, en 2024, il a chanté en hébreu lors d’un rassemblement à Paris en soutien aux otages à Gaza.
Ses liens avec la Turquie étaient pourtant restés très forts. Nombre de ses chansons ont été adaptées en turc, reprises par des artistes locaux, et accueillies avec ferveur par un public qui le considérait presque comme l’un des siens.
Mais aujourd’hui, ces liens sont mis à l’épreuve par la politique. Alors qu’Ankara durcit son discours contre Israël en raison de la guerre à Gaza — accusant l’État hébreu de « génocide » et suspendant ses échanges commerciaux — Enrico Macias se retrouve malgré lui pris dans la tourmente d’un conflit bien plus vaste. Foto-Ilan Costica, Wikimedia commons.






















































































































































































