La Russie et l’Allemagne renouent un dialogue de haut niveau à l’ONU après quatre ans de rupture

La Russie et l’Allemagne ont tenu leurs premières discussions entre ministres des Affaires étrangères depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par Moscou, rouvrant ainsi

un canal de communication direct entre deux pays dont les relations se sont fortement dégradées depuis 2022.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et son homologue allemand, Johann Wadephul, se sont rencontrés samedi à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Il s’agissait de leur première rencontre depuis avant le lancement de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine en février 2022.

Cette rencontre intervient dans un contexte de profonde méfiance. L’Allemagne demeure l’un des principaux soutiens européens de l’Ukraine, tandis que Berlin et Moscou se sont lancés dans des accusations de plus en plus graves concernant des incidents de sécurité et de présumées activités hybrides.

Malgré cette rencontre, rien n’a indiqué qu’un rapprochement diplomatique plus large était en cours.

Sergueï Lavrov a déclaré à l’issue des discussions que Johann Wadephul n’avait présenté aucune position que l’Allemagne n’avait pas déjà rendue publique. Selon le ministre russe, les échanges ont largement repris les positions précédemment exposées par Berlin.

Les deux responsables ont néanmoins abordé les relations bilatérales, la guerre en Ukraine ainsi que les efforts visant à rétablir la sécurité de la navigation commerciale en mer Noire.

Les exportations via la mer Noire au cœur des discussions

L’un des principaux objectifs de l’Allemagne était d’inciter Moscou à contribuer à la création de conditions permettant la reprise des exportations de céréales via la mer Noire.

Un membre de la délégation allemande a indiqué que Johann Wadephul avait demandé à Sergueï Lavrov de prendre toutes les mesures possibles afin de parvenir à un accord sur les exportations de céréales, estimant que la poursuite des perturbations des approvisionnements alimentaires pourrait avoir des conséquences bien au-delà de l’Europe.

« Le temps presse », a déclaré Johann Wadephul à Sergueï Lavrov, selon la délégation allemande. Il a souligné la nécessité d’un engagement constructif face aux pénuries alimentaires qui touchent plusieurs pays, notamment dans les pays du Sud.

Berlin estime qu’un accord pratique sur la sécurité de la navigation en mer Noire pourrait éventuellement ouvrir la voie à de nouvelles mesures diplomatiques.

La Russie affirme pour sa part discuter de propositions concernant la sécurité maritime avec l’Inde, l’Égypte et la Turquie. Sergueï Lavrov a également déclaré que des discussions séparées avec l’Ukraine seraient nécessaires, tout en affirmant que Kiev ne devrait pas aborder cette question sous la forme de simples demandes.

L’Ukraine affirme être prête à examiner des accords destinés à protéger la navigation commerciale, tout en continuant à tenir la Russie pour responsable des perturbations provoquées par la guerre.

L’Allemagne soulève les questions de sécurité

La rencontre a également mis en évidence la détérioration des relations russo-allemandes au-delà du conflit en Ukraine.

Le gouvernement allemand a récemment conclu que la Russie était responsable d’une tentative d’attaque de drone contre l’aéroport de Leipzig/Halle, dans l’est de l’Allemagne. Berlin a ensuite annoncé la fermeture d’un consulat russe ainsi que d’un centre culturel russe.

Moscou a rejeté les accusations allemandes, les qualifiant de fabriquées et accusant Berlin d’alimenter ce qu’il décrit comme une campagne antirusse.

Au cours de la rencontre à New York, Johann Wadephul aurait également mis en garde Sergueï Lavrov contre toute nouvelle escalade visant l’Allemagne, l’Europe ou l’OTAN.

Le ministre allemand a par ailleurs indiqué que des incidents tels que celui de l’aéroport de Leipzig, ainsi que d’éventuelles nouvelles attaques hybrides, ne modifieraient pas la détermination de Berlin à continuer de soutenir l’Ukraine.

Une rencontre qui souligne les profondes divergences

La décision de rencontrer Sergueï Lavrov a fait l’objet d’une attention particulière à Berlin. Johann Wadephul a informé ses homologues européens de la rencontre après celle-ci, selon un message consulté par Reuters.

Il a expliqué que cette réunion lui avait permis de réaffirmer directement la position de l’Allemagne concernant la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et d’appeler à un cessez-le-feu immédiat et complet, en mettant notamment l’accent sur les exportations de céréales et les infrastructures énergétiques.

La rencontre représente donc davantage la réouverture d’un canal diplomatique direct qu’un retour à des relations normales entre Berlin et Moscou.

Pour l’Allemagne, les discussions ont permis de communiquer directement avec Moscou sur des questions où une coopération limitée pourrait avoir des conséquences internationales, notamment la navigation en mer Noire et la sécurité alimentaire. Pour la Russie, la rencontre a offert une nouvelle occasion de présenter sa position sur l’Ukraine et sur ses relations avec l’Allemagne et l’Occident.

Les échanges ont toutefois montré l’ampleur des désaccords qui subsistent entre Moscou et Berlin. Les deux pays restent profondément divisés sur la guerre en Ukraine, l’architecture de sécurité européenne ainsi que sur plusieurs incidents et opérations hybrides présumées.

La rencontre de New York pourrait contribuer à maintenir ouvert un canal diplomatique, mais les déclarations faites à son issue montrent que les principaux différends entre Moscou et Berlin restent entiers. Photo by Dendodge, Wikimedia commons.