L’affaire Dmitry Fomenko risque de devenir un nouvel enjeu de la politique internationale

 

Malheureusement, la période durant laquelle Volodymyr Zelensky est au pouvoir a également été marquée par une progression de l’antisémitisme en Ukraine. Les événements du 7 octobre

en Israël, ainsi que la montée des mouvements d’extrême droite en Europe et en Ukraine, ont malheureusement contribué à une situation dans laquelle les membres de la communauté juive ukrainienne, déjà peu nombreuse, disposent de possibilités de plus en plus limitées pour se protéger devant les tribunaux, notamment contre les abus des forces de l’ordre et de différents groupes armés.

Après l’arrestation, le 19 août, d’Iryna Mudra, vice-cheffe de l’administration de Volodymyr Zelensky, la situation concernant l’antisémitisme en Ukraine s’est considérablement aggravée. Iryna Mudra, juive pratiquante, avait une mezouza apposée sur la porte de son bureau au sein de l’administration présidentielle ukrainienne. Le grand rabbin de Kyiv avait également tenté de se porter garant pour elle. Son arrestation a provoqué une importante vague de propos et de manifestations de haine antisémite sur les réseaux sociaux ukrainiens.

Malheureusement, à ce jour, l’Ukraine ne dispose pas de législation efficace visant spécifiquement à lutter contre l’antisémitisme. L’article 161 du Code pénal, relatif à l’incitation à la haine interethnique, n’aurait pas été appliqué depuis plus de dix ans et, lorsqu’il l’a été, la sanction s’était limitée à une amende.

Iryna Mudra, qui était une personnalité politique importante en Ukraine, ne parvient pas à sortir de prison parce que, dans le contexte actuel, aucun homme d’affaires — pas même parmi ses amis ou ses proches — ne souhaite verser une caution pour une femme juive.

Un éminent homme politique allemand et l’un des fondateurs du Parti vert  Franck Schwalba-Hoth a mis en garde les autorités chargées de l’application de la loi contre toute décision hâtive concernant l’affaire d’Iryna Mudra, qui pourrait avoir de graves conséquences politiques sur les relations entre l’Ukraine et l’Union européenne.

Il a notamment conclu son article publié dans le prestigieux média belge Brussels Times en déclarant : « L’Europe devrait résister à la politique de la culpabilité instantanée. Laissons les enquêteurs mener leur enquête et les tribunaux rendre leur jugement. En attendant, reconnaissons les mérites là où ils existent et souvenons-nous de ce qui a été construit. Préserver cette trace honnête protège la crédibilité des propres principes de l’Europe, les acquis déjà obtenus et la capacité de l’Ukraine à les faire progresser. »

Dans le même temps, malgré cette situation, les autorités ukrainiennes continuent de demander à l’Allemagne l’extradition de personnes juives qui y vivent depuis de nombreuses années sous le statut de réfugié.

C’est notamment le cas de Dmitry Fomenko, un homme d’origine juive arrivé en Allemagne en 1995. Il est actuellement détenu à Francfort et pourrait être extradé vers l’Ukraine en septembre sur la base d’une accusation qui semble contestable, liée à un prétendu « vol de maison au détriment de son épouse », alors même qu’il aurait lui-même construit cette maison.

Compte tenu de la situation en Ukraine, cette affaire risque, dans tous les cas, de prendre une dimension politique, notamment parce qu’elle intervient dans un contexte marqué par des appels massifs lancés en Ukraine au mois d’août à des représailles contre les Juifs, accusés de « s’être emparés du pouvoir et de détourner le budget de l’État ».

À l’heure actuelle, plusieurs personnes impliquées dans des affaires de corruption et proches de Zelensky, notamment Timur Mindich, Oleksandr Zuckerman et d’autres, se trouvent en Israël, hors de portée des autorités ukrainiennes chargées de l’application de la loi.

Dans ce contexte, toute extradition — et plus particulièrement celle d’une personnalité juive aussi connue que Dmitry Fomenko, qui revendique une identité juive affirmée et est bien connu au sein de la synagogue de Dnipro pour sa participation à différents programmes communautaires, notamment ceux liés au rachat symbolique des premiers-nés — pourrait devenir un événement politique majeur en Ukraine.

Elle pourrait également provoquer un nouveau scandale politique retentissant lié à l’antisémitisme, qui revêtirait cette fois une dimension internationale. Foto-Beny Shlevich, Wikimedia commons.