
Les électeurs islandais ont rejeté une proposition visant à rouvrir les négociations d’adhésion à l’Union européenne, mettant fin à une campagne référendaire très disputée par une victoire
relativement nette des opposants à une nouvelle tentative d’adhésion.
Selon le radiodiffuseur public islandais RÚV, 52,8 % des électeurs se sont prononcés contre la reprise des négociations, contre 47,2 % en faveur de cette option. La participation a atteint 82,5 %, soit le niveau le plus élevé enregistré lors d’un référendum islandais depuis 2009.
Le résultat ne s’est véritablement dessiné qu’après le dépouillement des votes en dehors de la capitale. Les premiers résultats à Reykjavík laissaient penser que les partisans d’un rapprochement avec l’UE pourraient l’emporter, mais le vote plus largement hostile dans les zones rurales a finalement inversé la tendance.
La Première ministre Kristrún Frostadóttir a reconnu la défaite et déclaré que son gouvernement respecterait le résultat du scrutin.
« Nous ne poursuivrons pas les négociations d’adhésion à l’UE au cours de cette législature », a-t-elle déclaré aux journalistes, précisant que l’Islande chercherait plutôt à approfondir ses relations économiques avec le bloc européen.
Frostadóttir avait auparavant indiqué qu’un vote négatif réglerait de facto la question pour le reste de la législature actuelle. Le sujet ne devrait donc pas être remis à l’ordre du jour avant 2028.
Le référendum a mis en évidence les profondes divisions de la société islandaise concernant l’avenir des relations du pays avec l’Europe.
Les partisans de la reprise des négociations estimaient qu’une adhésion à l’UE pourrait contribuer à résoudre certains des problèmes économiques de l’Islande, notamment l’inflation élevée et le coût des emprunts. Ils ont également invoqué l’évolution de la situation géopolitique, notamment les déclarations répétées du président américain Donald Trump sur son intérêt pour l’acquisition du Groenland, estimant que l’Islande devait renforcer ses liens politiques et sécuritaires avec l’Europe.
Les opposants affirmaient au contraire qu’une adhésion à l’UE se ferait au détriment de la souveraineté nationale. Les agriculteurs, les professionnels de la pêche et certains acteurs du secteur de la chasse à la baleine figuraient parmi les principaux détracteurs. Ils craignaient notamment que l’intégration européenne limite le contrôle de l’Islande sur ses ressources naturelles et entraîne l’imposition de quotas de pêche plus stricts.
Le Parti de l’indépendance, formation conservatrice, ainsi que d’autres partis d’opposition avaient également fait campagne contre la réouverture des négociations.
Les relations entre l’Islande et l’UE sont complexes depuis de nombreuses années. Reykjavík avait officiellement déposé sa candidature à l’adhésion en 2009, au lendemain de la grave crise financière qui avait frappé le pays. Les négociations avaient commencé avant d’être suspendues en 2013, notamment en raison de désaccords sur l’adoption éventuelle de l’euro et sur la question particulièrement sensible de la pêche.
Bien qu’elle ne fasse pas partie de l’Union européenne, l’Islande est déjà étroitement intégrée au bloc. Elle appartient à l’Espace économique européen (EEE), qui lui donne accès au marché unique, même si certains secteurs essentiels, notamment l’agriculture, la pêche et la politique monétaire, restent en dehors de ce cadre.
L’Islande fait également partie de l’espace Schengen, permettant la libre circulation des personnes entre de nombreux pays européens sans contrôles systématiques aux frontières.
Le référendum laisse ainsi l’Islande dans une situation qu’elle connaît bien : étroitement liée à l’Union européenne sur les plans économique et social, mais politiquement en dehors du bloc et, pour l’instant, peu disposée à relancer le débat sur une adhésion à part entière. Foto- User:Cicero85, Wikimedia commons.