
Marine Le Pen a officiellement lancé sa quatrième candidature à la présidence de la République, quelques heures seulement après qu'une cour d'appel a jugé qu'elle pouvait se présenter à
l'élection présidentielle de 2027, tout en confirmant sa condamnation pour détournement de fonds du Parlement européen.
Interrogée lors d'une émission de grande écoute sur TF1, la présidente du Rassemblement national (RN) s'est présentée comme une responsable politique ayant surmonté une bataille judiciaire que beaucoup pensaient fatale à ses ambitions présidentielles.
« Beaucoup de Français traversent des épreuves, et nous aussi nous traversons des épreuves », a-t-elle déclaré. « Je crois que ces épreuves nous ont renforcés. »
Jusqu'à la décision rendue mardi, l'avenir politique de Marine Le Pen semblait incertain. En mars 2025, elle avait été condamnée à une peine d'inéligibilité de cinq ans après avoir été reconnue coupable d'avoir utilisé des fonds du Parlement européen pour rémunérer des collaborateurs travaillant pour son parti en France.
La cour d'appel a toutefois réduit cette peine d'inéligibilité, lui permettant de briguer la présidence en 2027 tout en confirmant sa condamnation. Marine Le Pen a annoncé qu'elle formerait un pourvoi devant la plus haute juridiction française afin de contester ce verdict, tout en poursuivant sa campagne présidentielle.
Ce choix constitue un pari politique majeur.
La dirigeante du RN devra désormais convaincre les électeurs de soutenir une candidate dont la condamnation a été confirmée par deux juridictions, tout en espérant qu'un ultime recours aboutisse à l'annulation de cette décision.
Selon elle, le dernier mot doit revenir aux Français plutôt qu'aux tribunaux.
« Il ne faut jamais imposer quoi que ce soit aux Français ; c'est à eux de décider, et désormais ce sont eux qui auront le dernier mot », a-t-elle affirmé.
Brigitte Barèges, ancienne députée d'un parti de droite allié au RN, estime que cette décision reflète la détermination de Marine Le Pen.
« Je connais son caractère. On veut montrer à ceux qui vous ont infligé ce revers qu'ils ne vous ont pas abattue, que vous êtes toujours là », a-t-elle déclaré.
Cette candidature intervient alors que le Rassemblement national n'a jamais semblé aussi proche du pouvoir. Les sondages indiquent que Marine Le Pen est bien placée pour accéder au second tour de l'élection présidentielle de l'an prochain, même si une victoire finale reste loin d'être acquise.
La décision de justice lui permet de faire campagne tout en étant soumise au port d'un bracelet électronique. Marine Le Pen s'est toutefois dite convaincue qu'elle pourra mener sa campagne sans que ce dispositif ne limite ses déplacements.
Elle a également confirmé que le président du RN, Jordan Bardella, serait son candidat au poste de Premier ministre en cas de victoire.
Jordan Bardella devait initialement porter les couleurs du parti si Marine Le Pen demeurait inéligible. Certains sondages récents lui accordent d'ailleurs une popularité supérieure à celle de la dirigeante du RN.
Marine Le Pen a balayé toute idée de rivalité entre eux.
« Jordan Bardella et moi nous battons pour la France. Nous nous battons pour les Français. Cette cause dépasse largement nos personnes. Nos ambitions personnelles n'entrent donc absolument pas en ligne de compte », a-t-elle déclaré.
Les partisans du RN estiment que le tandem formé par la dirigeante expérimentée et son jeune protégé a permis de transformer un parti longtemps considéré comme marginal en un prétendant crédible au pouvoir.
« Nous avons proposé aux Français un partenariat complémentaire, équilibré, cohérent et solide », a ajouté Marine Le Pen.
Au-delà des questions judiciaires, le parti devra toutefois répondre à plusieurs défis programmatiques.
Le Rassemblement national reste notamment critiqué pour ses propositions économiques face à la faible croissance et au niveau élevé de la dette publique française. Des différences sont également apparues entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, ce dernier défendant une approche davantage favorable au marché sur des sujets tels que la réforme des retraites.
L'une des principales interrogations concerne le maintien de la promesse de ramener l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans, un engagement que certains responsables du parti jugent désormais difficilement soutenable sur le plan budgétaire.
Un haut responsable du RN a reconnu que plusieurs questions majeures, notamment en matière de retraites et de fiscalité, restaient encore à trancher.
Pour Gilles Ivaldi, politologue à Sciences Po, la capacité du Rassemblement national à élargir son électorat sera déterminante.
« Pour gouverner et obtenir une majorité parlementaire, le RN devra convaincre davantage d'électeurs de droite et, à terme, trouver des compromis avec la droite traditionnelle », estime-t-il.
« Une large alliance des forces de droite constitue une condition indispensable pour que le RN puisse accéder au pouvoir. » Foto-Rémi Noyon, Wikimedia commons.