La Belgique cherche un équilibre dans ses relations avec la Chine alors que le ministre des Affaires étrangères entame une visite stratégique

 

Le ministre belge des Affaires étrangères Maxime Prévot s’apprête à effectuer une visite diplomatique de cinq jours en Chine, avec pour objectif de renforcer la coopération tout en abordant les

tensions persistantes dans une relation bilatérale devenue complexe.

Ce déplacement, qui comprend des étapes à Hong Kong, Shanghai, Hangzhou et Pékin, intervient à un moment symbolique, marquant le 55e anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays. Il fait suite à une première rencontre à Bruxelles avec le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi et s’inscrit dans une dynamique européenne plus large visant à redéfinir les liens avec Pékin.

Un partenariat fragilisé par les déséquilibres

La Belgique et la Chine entretiennent depuis longtemps des relations économiques étroites. Des centaines d’entreprises belges sont actives en Chine, tandis que les investissements chinois en Belgique soutiennent des milliers d’emplois. Le pays joue également un rôle stratégique comme porte d’entrée du commerce électronique chinois en Europe, notamment via les infrastructures logistiques de Liège.

Cependant, cette interdépendance s’accompagne de préoccupations croissantes. Le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine a atteint des niveaux records ces dernières années. Les entreprises belges dénoncent toujours des obstacles à l’accès au marché, des procédures administratives peu transparentes et une protection insuffisante de la propriété intellectuelle.

Dans ce contexte, Maxime Prévot devrait plaider pour des conditions de concurrence plus équitables, en cohérence avec les efforts de l’Union européenne pour instaurer davantage de réciprocité dans les échanges commerciaux.

Un « dialogue ouvert », y compris sur les sujets sensibles

Considérant la Chine à la fois comme un partenaire incontournable et un défi stratégique, le ministre belge insiste sur la nécessité d’un dialogue franc. Son programme inclut non seulement des discussions économiques, mais aussi des questions géopolitiques sensibles.

La Belgique entend notamment aborder la position de la Chine sur plusieurs conflits internationaux, dont la guerre en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient. La sécurité maritime, en particulier la liberté de navigation dans des zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz, figurera également à l’ordre du jour.

Les droits humains constitueront un autre point clé. Des échanges à Hong Kong et à Pékin devraient porter sur les libertés civiles et la gouvernance, des sujets sur lesquels les divergences entre l’Europe et la Chine restent marquées.

Une relation Belgique–Chine en mutation

L’évolution des relations entre la Belgique et la Chine illustre un équilibre délicat pour l’Europe : coopérer avec une puissance économique majeure tout en défendant ses intérêts et ses valeurs.

Traditionnellement axés sur le commerce, les liens entre Bruxelles et Pékin se complexifient aujourd’hui sous l’effet des tensions géopolitiques, des dépendances économiques et des enjeux de sécurité. En tant que siège des principales institutions européennes, la Belgique reflète souvent les orientations de l’Union européenne : maintenir le dialogue avec la Chine sur des défis globaux comme le climat, tout en affirmant une plus grande autonomie stratégique.

La visite de Maxime Prévot met ainsi en lumière un enjeu central pour l’Europe : construire une relation équilibrée avec la Chine, sans compromettre l’équité économique, les valeurs politiques ni les intérêts sécuritaires. Foto-Morio, Wikimedia commons.