
La présidente du Conseil italienne Giorgia Meloni a entamé une visite discrète mais hautement stratégique dans le Golfe, arrivant à Jeddah vendredi, avant des étapes prévues au Qatar et aux
United Arab Emirates. Ce déplacement, non annoncé à l’avance, reflète les inquiétudes croissantes en Europe face à l’instabilité régionale et aux enjeux énergétiques liés aux tensions avec Iran.
La visite de Meloni constitue un moment diplomatique notable : elle est la première dirigeante de l’Union européenne à se rendre en Saudi Arabia depuis le déclenchement du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran plus tôt cette année. À Jeddah, elle doit rencontrer le prince héritier Mohammed bin Salman, signe d’un rapprochement européen avec les dirigeants du Golfe dans un contexte de tensions accrues.
La sécurité énergétique au cœur des préoccupations
Derrière les enjeux diplomatiques se cache une urgence économique. L’Italie fait face à une hausse des prix de l’énergie et à des perturbations d’approvisionnement liées à l’instabilité dans le Golfe. Avant la crise, environ 10 % de la consommation de gaz italien provenait du GNL qatari, tandis que le pétrole du Moyen-Orient représentait près de 12 % des importations totales.
Cet équilibre est désormais fragilisé. Les perturbations du trafic maritime — notamment autour du stratégique Strait of Hormuz — ont entraîné retards et annulations de livraisons de GNL. Par ailleurs, les attaques liées au conflit ont réduit la capacité d’exportation du Qatar, accentuant l’incertitude sur les marchés énergétiques mondiaux.
Les autorités italiennes indiquent que cette tournée vise à rassurer les partenaires tout en protégeant les intérêts énergétiques du pays. Rome encourage également la poursuite des investissements de ses grandes entreprises, dont Eni, déjà bien implantée dans la région.
Coopération sécuritaire et stabilité régionale
La sécurité constitue un autre volet central de la visite. L’Italie fournit déjà des équipements défensifs à ses partenaires du Golfe, inquiets d’éventuelles représailles iraniennes. Les autorités se disent prêtes à renforcer cette coopération si nécessaire, illustrant une implication européenne croissante dans la sécurité régionale.
Une stratégie de diversification énergétique
Cette tournée s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des approvisionnements. Ces dernières semaines, Meloni s’est rendue en Algeria pour sécuriser des volumes supplémentaires de gaz et prévoit de visiter prochainement l’Azerbaijan. Par ailleurs, l’Italie commencera à recevoir du GNL en provenance des États-Unis dès juin.
Italie et Golfe : un partenariat en pleine expansion
Les relations entre l’Italie et les pays du Golfe ne sont pas nouvelles, mais elles se sont considérablement renforcées ces dernières années. Autrefois centrées sur l’énergie, elles couvrent désormais la défense, les infrastructures, la finance et les technologies.
Les entreprises italiennes sont fortement présentes dans les économies du Golfe, notamment dans la construction et l’ingénierie, tandis que les fonds souverains du Golfe investissent de plus en plus en Italie, y compris dans des secteurs stratégiques.
Sur le plan politique, Rome s’affirme comme un interlocuteur pragmatique dans la région, capable de dialoguer à la fois avec ses alliés occidentaux et les monarchies du Golfe. Sous l’impulsion de Meloni, cette approche devient plus affirmée, l’Italie cherchant à jouer un rôle de passerelle entre l’Europe et le Moyen-Orient.
La crise actuelle accélère cette dynamique. À mesure que sécurité énergétique et stabilité géopolitique deviennent indissociables, le rapprochement entre l’Italie et les États du Golfe s’impose comme un élément clé de la stratégie européenne face à un environnement international de plus en plus incertain. Foto-Governo italiano, Wikimedia commons.