La Hongrie bloque de nouvelles sanctions européennes contre la Russie, embarras pour l’UE avant la visite à Kyiv

 

L’Union européenne s’achemine vers un nouveau blocage politique sur la Russie, les diplomates reconnaissant qu’un accord sur une nouvelle série de sanctions est

peu probable après le refus persistant de la Hongrie de soutenir le texte.

Les efforts visant à approuver ce qui serait le 20ᵉ paquet de sanctions de l’UE contre Moscou ont échoué lundi, Budapest ayant clairement indiqué qu’elle ne changerait pas de position. S’exprimant à l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a déclaré qu’il ne fallait pas s’attendre à une percée. « Nous faisons tout notre possible pour faire adopter ce paquet de sanctions », a-t-elle expliqué, ajoutant que la position de la Hongrie laissait peu de marge de manœuvre.

Le calendrier complique encore la situation pour Bruxelles. L’Union européenne espérait finaliser ces mesures d’ici mardi, date marquant le quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Ce même jour, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Antonio Costa doivent se rendre à Kyiv, où les dirigeants européens espéraient arriver avec un message d’unité — et un accord sur les sanctions.

Au lieu de cela, les discussions entre ambassadeurs de l’UE se sont enlisées, notamment autour d’une proposition d’interdiction de certains services maritimes liés aux exportations énergétiques russes. Les derniers espoirs d’accord se sont dissipés lorsque la Hongrie a confirmé qu’elle bloquerait le paquet.

Le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto a déclaré que Budapest ne soutiendrait pas des décisions jugées cruciales pour Kyiv tant que l’Ukraine ne reprendrait pas le transit de pétrole vers la Hongrie et la Slovaquie via l’oléoduc Druzhba. Ce différend s’inscrit dans un conflit de longue date sur les approvisionnements en pétrole russe, que la Hongrie considère comme essentiels à sa sécurité énergétique.

Budapest a également menacé de bloquer un prêt de 90 milliards d’euros de l’UE destiné à l’Ukraine. Si le texte juridique du prêt doit être formellement signé mardi, il nécessite encore l’approbation finale des États membres. La Commission européenne espère débloquer le premier versement au début du mois d’avril.

Kallas a insisté sur le fait que ces dossiers ne devaient pas être liés. « Les problèmes qu’ils rencontrent n’ont aucun rapport avec le 20ᵉ paquet de sanctions », a-t-elle affirmé. « Nous ne devrions pas lier entre elles des choses qui ne sont absolument pas connectées. »

Malgré l’impasse, plusieurs ministres ont exprimé un optimisme prudent. Le ministre estonien des Affaires étrangères Margus Tsahkna a qualifié la situation de familière, estimant que les raisons avancées par la Hongrie n’étaient « pas la faute de l’Ukraine, mais celle de la Russie ». Le ministre chypriote Constantinos Kombos, qui présidait la réunion, a déclaré qu’il n’existait pas encore de consensus sur ce qu’il a décrit comme un paquet de sanctions « ambitieux et percutant».

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a minimisé la portée du blocage, affirmant que la question n’était pas de savoir si les sanctions seraient adoptées, mais quand. D’autres se sont montrés plus critiques. Le chef de la diplomatie allemande Johann Wadephul s’est dit stupéfait par la position de la Hongrie, tandis que son homologue polonais Radoslaw Sikorski l’a jugée « choquante », accusant Budapest d’alimenter l’hostilité envers l’Ukraine pour des raisons de politique intérieure, à l’approche des élections d’avril.

Ces considérations nationales pèsent lourd. La Hongrie se dirige vers des élections législatives au cours desquelles le Premier ministre Viktor Orban fait face à un défi sérieux de la part du chef de l’opposition Peter Magyar.

En l’absence d’accord dans les prochains jours, cet échec constituera un revers politique embarrassant pour l’UE, alors que ses dirigeants se rendent à Kyiv pour commémorer l’anniversaire de la guerre — et un rappel supplémentaire de la fragilité de l’unité européenne lorsque l’unanimité est requise.