
La dirigeante de l’extrême droite française Marine Le Pen a fermement rejeté mardi les accusations selon lesquelles son parti aurait mis en place un système organisé de détournement de fonds
du Parlement européen, lors d’un procès en appel crucial qui pourrait sceller son avenir politique.
À la barre de la cour d’appel de Paris, Marine Le Pen a contesté les conclusions du tribunal de première instance, qui avait estimé que le Rassemblement national (RN) avait mis en place un « système » destiné à utiliser indûment des fonds européens pour rémunérer des salariés du parti en France sous couvert de contrats d’assistants parlementaires. L’affaire concerne la période où elle siégeait au Parlement européen.
«Le terme de “système” me gêne, car il donne l’impression d’une manipulation », a déclaré Marine Le Pen à l’audience. Selon elle, chaque cas d’assistant parlementaire doit être examiné individuellement, estimant que ces dossiers « reflètent des réalités très différentes ».
L’an dernier, un tribunal français a reconnu Marine Le Pen, son parti, ainsi que plusieurs anciens eurodéputés, assistants et comptables, coupables d’avoir détourné des fonds européens entre 2004 et 2016. La juridiction avait conclu que l’argent destiné au travail parlementaire à Bruxelles et Strasbourg avait en réalité servi à financer des activités du RN en France.
Cette décision a porté un coup sévère à Marine Le Pen, la privant du droit de se présenter à une élection pendant cinq ans — une sanction qui menace directement ce que beaucoup considèrent comme sa meilleure chance d’accéder à l’Élysée en 2027. Candidate à trois reprises à la présidentielle, elle avait atteint le second tour en 2017 et en 2022, avant de s’incliner face à Emmanuel Macron, qui ne peut pas briguer un troisième mandat.
Marine Le Pen, onze autres prévenus et le parti ont tous interjeté appel. Les audiences doivent se poursuivre jusqu’à la mi-février, et la décision est attendue cet été.
Outre l’inéligibilité, Marine Le Pen avait été condamnée en première instance à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, ainsi qu’à une amende de 100 000 euros. En cas d’échec de l’appel, elle s’expose de nouveau à une peine pouvant aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement et à une amende maximale d’un million d’euros.
Sa défense a tenté à plusieurs reprises de rejeter la responsabilité sur le Parlement européen. Marine Le Pen affirme que son parti n’avait pas conscience de commettre une infraction et soutient que les institutions européennes auraient dû alerter plus clairement les élus en cas de manquement aux règles.
«Si des irrégularités ont été commises, le Parlement européen n’a pas joué le rôle d’alerte qu’il aurait dû », a-t-elle déclaré lors de l’ouverture du procès en appel la semaine dernière.
Un argument contesté par Didier Klethi, représentant du Parlement européen, qui a assuré à la cour que les règles encadrant l’emploi des assistants parlementaires étaient parfaitement claires. Les eurodéputés disposent d’une enveloppe mensuelle — fixée à 21 379 euros en 2024 — pour recruter leurs collaborateurs, a-t-il rappelé. Si les assistants peuvent s’engager dans des activités politiques, celles-ci sont strictement interdites pendant leurs heures de travail rémunérées. Foto-Rémi Noyon, Wikimedia commons.
Alors que le procès se poursuit, l’enjeu dépasse largement le cadre judiciaire. Si la condamnation initiale est confirmée, Marine Le Pen serait écartée de la course présidentielle de 2027 — une décision qui pourrait profondément remodeler le paysage politique français, à un moment où l’extrême droite estime que la victoire est enfin à portée de main.