Les députés français veulent interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans et imposer un couvre-feu numérique aux ados

 

Les députés français appellent à un encadrement plus strict de l’usage des réseaux sociaux chez les jeunes, alertant sur un véritable « océan de contenus nocifs ». Un rapport parlementaire

publié jeudi recommande d’interdire totalement les réseaux sociaux aux enfants de moins de 15 ans, et d’instaurer un couvre-feu numérique – de 22h à 8h – pour les 15-18 ans.

TikTok, l’une des applications les plus utilisées au monde avec plus de 1,5 milliard d’abonnés, a été particulièrement visée. Les parlementaires dénoncent des contenus inquiétants, allant de la promotion de l’automutilation et du suicide aux troubles alimentaires, en passant par des vidéos violentes. Ils s’inquiètent aussi de l’utilisation de la plateforme comme outil d’influence étrangère.

«Nous voulons envoyer un signal clair aux enfants et aux parents : les réseaux sociaux ne sont pas inoffensifs », a déclaré la députée Laure Miller, à l’origine de l’enquête.

Ces recommandations s’inscrivent dans un mouvement international. L’Australie a commencé à travailler sur une interdiction pour les moins de 16 ans l’an dernier, et le président Emmanuel Macron a déjà exprimé son soutien à un encadrement renforcé.

TikTok, détenu par l’entreprise chinoise ByteDance, se défend en affirmant que la sécurité des jeunes est sa « priorité absolue ». La plateforme met en avant ses systèmes de modération basés sur l’intelligence artificielle, censés bloquer la majorité des contenus dangereux. Mais familles et experts estiment que les règles sont trop faciles à contourner : il suffirait, par exemple, de remplacer un mot interdit par un synonyme pour passer entre les mailles du filet.

Une mère, Géraldine, a livré un témoignage bouleversant : sa fille de 18 ans s’est suicidée après avoir publié et consommé de nombreux contenus d’automutilation sur TikTok. « TikTok n’a pas tué notre petite fille », explique-t-elle, « mais cela l’a enfoncée davantage dans ses souffrances ».

La commission, créée après plusieurs plaintes déposées en 2024 par des familles contre TikTok, dénonce le caractère addictif de l’application et ses effets néfastes sur la concentration et la santé mentale des jeunes. Elle accuse également TikTok de minimiser les risques. Son président a même annoncé son intention de déposer une plainte pénale contre l’entreprise pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui ».

TikTok, de son côté, rejette ce qu’il qualifie de « bouc émissaire » pour des problèmes de société plus larges. Mais les députés préviennent : si les plateformes ne se conforment pas aux règles européennes de protection des mineurs dans les trois ans à venir, l’interdiction pourrait être étendue à tous les jeunes de moins de 18 ans. Foto-Solen Feyissa, Wikimedia commons.