La France s’est réveillée aujourd’hui au rythme des manifestations, au moment même où Sébastien Lecornu a officiellement pris ses fonctions de nouveau Premier ministre.
Les rassemblements ont été lancés par un mouvement citoyen baptisé Bloquons Tout, qui s’oppose à la classe politique et aux coupes budgétaires annoncées.
Partout dans le pays, des manifestants ont bloqué des routes, allumé des feux et perturbé l’accès aux écoles et aux infrastructures. À Rennes, un bus a été incendié, tandis qu’à Toulouse, des câbles électriques ont été sabotés. Vers la mi-journée, la police faisait état d’environ 250 interpellations, dont la majorité à Paris.
Dans la capitale, près d’un millier de personnes — souvent masquées — se sont heurtées aux forces de l’ordre près de la gare du Nord. Les policiers ont fait usage de gaz lacrymogènes pour les repousser après que certains ont tenté d’entrer dans la gare.
Le mouvement, marqué à gauche, réclame davantage d’investissements dans les services publics, une taxation accrue des plus hauts revenus, un gel des loyers — et même la démission d’Emmanuel Macron.
«Nous sommes ici parce que nous sommes épuisés par la façon dont Macron gère la crise de la dette », explique Alex, 25 ans, venu manifester à Paris. « Je n’ai aucune confiance dans le nouveau Premier ministre pour changer les choses. »
Lecornu, proche allié de Macron, devient le cinquième chef du gouvernement en moins de deux ans. Son prédécesseur, François Bayrou, a été contraint de quitter ses fonctions plus tôt cette semaine, après avoir perdu un vote de défiance.
Le nouveau Premier ministre hérite d’une situation difficile : le déficit public a grimpé à 5,8 % du PIB et le Parlement reste profondément divisé. L’extrême gauche comme l’extrême droite ont déjà exprimé leurs doutes, la gauche promettant même de déposer rapidement une motion de censure.
Dans son premier discours, Lecornu a adopté un ton prudent. Après avoir remercié Bayrou pour son travail, il a reconnu l’instabilité politique actuelle et appelé à « la sobriété et l’humilité ». Il a promis d’entamer sans délai des discussions avec les partis d’opposition et les syndicats, assurant : « Nous y arriverons. »
Pour l’heure, cependant, la rue semble loin d’être convaincue. Foto-Ecole polytechnique Université Paris-Saclay, Wikimedia commons.