
Entretien avec Oleg Kozerod, chercheur à l’Institut de recherches politiques et ethno-nationales Ivan Kouras de l’Académie nationale des sciences d’Ukraine
Correspondant : – Aujourd’hui, l’histoire et la vie de la communauté juive d’Ukraine, ainsi que sa situation actuelle en matière d’antisémitisme, suscitent un grand intérêt. Pouvez-vous nous expliquer quelle est la situation actuelle et comment évolue la vie juive en Ukraine ?
O.K : – La communauté juive d’Ukraine possède une histoire pluriséculaire. Parmi les plus anciennes mentions écrites de Kyiv figurent notamment des documents rédigés en hébreu. Au fil des siècles, les relations entre Juifs et Ukrainiens ont connu des périodes très différentes et ont été soumises à de nombreuses épreuves. Toutefois, l’un de leurs éléments importants a été la lutte de ces deux peuples contre plusieurs siècles d’oppression de l’Empire russe. Sur cette voie, il y a certainement eu des erreurs, liées au manque de maturité et d’expérience en matière d’autogouvernement. Néanmoins, les deux nations luttaient pour leur existence et leur survie, et l’histoire de ces relations est particulièrement intéressante à étudier.
Aujourd’hui, rien n’a fondamentalement changé : les habitants de l’Ukraine continuent de lutter contre la Russie, qui lui dénie le droit d’exister. Parmi eux figurent également des citoyens d’origine juive, dont le président du pays. Je travaille au sein du département d’histoire et de culture juives de notre Institut, qui étudie notamment les aspects politiques de la vie des Juifs d’Ukraine. Notre département analyse la vie contemporaine des Juifs d’Ukraine, qui continue de se développer malgré des chiffres préoccupants faisant état d’une accélération de l’émigration de ses représentants.
Correspondant : – Ces derniers temps, l’Ukraine est secouée par des scandales politiques liés à la corruption. Comment évaluez-vous la gravité de ces phénomènes ? Ne risquent-ils pas d’affecter la capacité de défense du pays ainsi que la prise de décisions politiques et militaires appropriées ?
O.K. : – L’Ukraine est un pays démocratique et de tels scandales de corruption font partie du processus d’assainissement de la société, qui vise à écarter ceux qui refusent de respecter les règles et portent atteinte aux fonds budgétaires communs. Bien sûr, le fait que cela se produise pendant une guerre aussi brutale est particulièrement regrettable, car, dans de telles périodes de l’histoire, le détournement de fonds publics conduit souvent à la mort de personnes, notamment de soldats au front.
Correspondant : – Vous êtes l’auteur de plusieurs monographies consacrées à la politique de l’UE à l’égard des communautés juives des pays de l’Union européenne. Comment évaluez-vous la politique actuelle de la Commission européenne ?
O.K. : – J’évalue positivement le travail de la présidente de la Commission européenne ainsi que celui de la commissaire européenne Katharina von Schnurbein. Leur action contribue largement à la constitution d’un réseau d’experts et à la mise en place d’un cadre législatif qui aidera les communautés juives à traverser cette période difficile. Je tiens également à saluer les actions des autorités belges, qui ont réglé un conflit ancien avec la communauté juive concernant l’activité des mohalim pratiquant la circoncision.
Les pays de l’UE consacrent de plus en plus de moyens à la protection des sites communautaires juifs, ce qui contribue à lutter contre les actes terroristes visant les synagogues, les écoles juives et les centres communautaires.
Correspondant : – Quel est, selon vous, l’élément le plus positif de la Stratégie de lutte contre l’antisémitisme et de développement de la vie juive ?
O.K. : – Ce qui me réjouit avant tout, c’est l’idée elle-même : pour la première fois depuis de nombreuses décennies, des représentants de l’État sont prêts à aider les communautés juives à se développer et à prospérer. Cette approche me paraît très positive et témoigne d’une période favorable dans les relations entre les Juifs d’Europe et les pouvoirs publics.
Correspondant : – Que pensez-vous de la recrudescence de l’antisémitisme en Europe depuis le 7 octobre 2023 ?
O.K. : – La progression de l’antisémitisme témoigne de la coordination des efforts des lobbyistes et des professionnels de la communication engagés dans la lutte contre l’État juif. Il est particulièrement révélateur que, dès le lendemain des événements du 7 octobre, une campagne d’information ait commencé sur les réseaux sociaux et dans les médias européens, visant notamment à nier les faits, à rejeter la responsabilité sur Israël, etc. Depuis lors, cette campagne ne s’est pas arrêtée, et elle a une influence sur le niveau d’antisémitisme dans le monde entier.
Correspondant : – Merci beaucoup pour cet entretien !
O.K. : – Je vous remercie.
Foto- © AMY / Wikimedia Commons / CC BY-SA 3.0