
À la House of European History, une nouvelle exposition intitulée Postcolonial? s’attaque à une question aussi historique qu’actuelle : l’Europe a-t-elle réellement dépassé l’héritage de son passé
colonial ?
Ouverte jusqu’au 17 mars 2027, l’exposition se déploie en quatre chapitres thématiques, guidant les visiteurs à travers une histoire longue et souvent dérangeante. Elle débute au XVe siècle, au moment où les puissances européennes entament leur expansion outre-mer, bâtissant des empires qui redessinent des continents entiers. À travers cartes, archives et supports visuels, l’exposition met en lumière les mécanismes du colonialisme — des systèmes fondés sur l’extraction des ressources, les hiérarchies raciales et les inégalités globales.
L’histoire coloniale de la Belgique constitue un arrière-plan essentiel. Sous le règne du roi Leopold II, l’Congo Free State est devenu à la fin du XIXe siècle l’un des exemples les plus brutaux d’exploitation coloniale. L’extraction du caoutchouc et de l’ivoire a généré d’immenses profits, au prix de violences extrêmes, de travail forcé et de millions de victimes congolaises. Par la suite annexé par la Belgique sous le nom de Belgian Congo, le territoire reste marqué par des structures d’inégalités profondes, dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui.
L’exposition se tourne ensuite vers le XXe siècle et la vague de décolonisation qui suit la World War II. Des moments clés comme le Pan-African Congress et la Bandung Conference témoignent, à travers documents et récits, de l’espoir suscité par les mouvements d’indépendance. Mais cet élan est nuancé : la fin de la domination coloniale n’a pas effacé les déséquilibres économiques et politiques, souvent reconduits sous d’autres formes.
Dans sa dernière section, l’exposition établit un lien direct avec le présent. Œuvres contemporaines, témoignages et voix militantes montrent comment les logiques coloniales continuent de résonner aujourd’hui — dans les échanges commerciaux, les luttes pour les ressources ou encore les débats sur la mémoire et l’identité. Le point d’interrogation du titre prend alors tout son sens : loin d’apporter des réponses définitives, l’exposition invite à la réflexion.
Même le lieu participe au propos. Situé dans le parc Léopold à Bruxelles, le musée — installé dans un bâtiment historique réaménagé — incarne cette tension centrale : comment raconter un passé qui n’est pas encore tout à fait terminé ? Foto- Guy Delsaut, Wikimedia commons.