Les perspectives de croissance de la France revues à la baisse alors que ménages et entreprises réduisent leurs dépenses

 

La reprise économique française perd de son élan. L’institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) avertit que la croissance sera nettement plus faible que prévu, les

ménages et les entreprises faisant preuve de prudence et limitant leurs dépenses.

L’INSEE prévoit désormais une progression de seulement 0,4 % de l’économie française en 2026, contre 0,7 % dans sa précédente prévision publiée en juin. Cette nouvelle estimation représente également moins de la moitié de la croissance de 0,9 % enregistrée l’an dernier.

Cette révision à la baisse accroît la pression sur le gouvernement français, qui s’apprête à actualiser ses prévisions économiques et à présenter son projet de budget pour 2027 au Parlement plus tard ce mois-ci. L’hypothèse actuelle du gouvernement, qui table sur une croissance de 0,7 %, devrait être revue à la baisse.

Ces perspectives plus faibles compliquent également les efforts visant à assainir les finances publiques. Paris s’était fixé pour objectif de ramener le déficit budgétaire à 4,9 % du PIB cette année, contre 5,0 % en 2025. Cet objectif apparaît désormais de plus en plus difficile à atteindre, alors que le gouvernement devrait réévaluer ses prévisions de déficit en même temps que ses perspectives de croissance.

Une seconde moitié d’année fragile

L’INSEE s’attend à ce que l’économie reste atone pendant le reste de l’année, après une contraction au premier trimestre et une stagnation au deuxième.

La production devrait progresser de seulement 0,1 % au troisième trimestre, avant d’accélérer légèrement à 0,2 % au cours des trois derniers mois de l’année. Les épisodes de chaleur extrême et la sécheresse estivale devraient notamment peser sur la production agricole.

Ces chiffres témoignent des difficultés de l’économie française à retrouver une dynamique solide, malgré la perspective d’une légère accélération en fin d’année.

Les ménages sous pression

La faiblesse du pouvoir d’achat apparaît comme l’un des principaux freins à la croissance française.

L’INSEE prévoit une baisse de 0,4 % du pouvoir d’achat des ménages en 2026, sous l’effet de la hausse des prix et d’une progression limitée des salaires. L’inflation, mesurée selon l’indice harmonisé de l’Union européenne, devrait passer de 2,7 % en août à 3,1 % en décembre, avec une moyenne annuelle estimée à 2,3 %.

Malgré cette pression sur leurs revenus, les ménages devraient accroître leur consommation d’environ 0,3 %. Selon l’INSEE, cette résistance s’explique en partie par le fait que les ménages puisent dans leur épargne afin de maintenir leur niveau de dépenses.

Cette stratégie peut temporairement soutenir l’activité économique, mais elle souligne également la fragilité persistante des finances des ménages.

L’investissement des entreprises ralentit

Les entreprises adoptent elles aussi une attitude plus prudente. L’INSEE prévoit une baisse de 0,3 % de l’investissement des entreprises cette année, dans un contexte marqué par une demande intérieure faible, des coûts d’emprunt relativement élevés et un environnement international incertain.

Les tensions géopolitiques, notamment l’instabilité liée à la guerre au Moyen-Orient, ajoutent une nouvelle source d’incertitude pour les entreprises françaises présentes sur les marchés internationaux.

La combinaison d’une consommation faible et d’un recul de l’investissement accroît la pression sur les exportations et les autres secteurs de l’économie pour soutenir la croissance.

Le chômage devrait augmenter

Le ralentissement devrait également se faire sentir sur le marché du travail.

L’INSEE prévoit la suppression d’environ 52 000 emplois dans le secteur privé au cours de l’année, ce qui porterait le taux de chômage à 8,6 % à la fin de 2026, contre 8,0 % un an auparavant.

Pour le gouvernement français, la combinaison d’une croissance plus faible, d’une hausse du chômage et de pressions persistantes sur les finances publiques crée un environnement politique particulièrement délicat. Les efforts visant à réduire le déficit risquent de freiner davantage la demande, tandis que les mesures destinées à soutenir les ménages et les entreprises pourraient compliquer l’assainissement budgétaire.

Avec une croissance désormais attendue à seulement 0,4 %, la France aborde les derniers mois de l’année avec une marge de manœuvre très limitée entre le soutien à une économie fragile et la nécessité de restaurer la crédibilité de ses finances publiques. Foto-Kathleen Conklin, Wikimedia commons.