La France a annoncé une nouvelle vague majeure d’appels d’offres dans les énergies renouvelables, totalisant environ 12 gigawatts (GW), marquant une étape clé dans sa stratégie visant à
renforcer son indépendance énergétique tout en soutenant l’industrie locale.
Cette initiative comprend sept projets d’éolien en mer représentant près de 10 GW, ainsi que des appels d’offres supplémentaires pour 1,2 GW de solaire et 0,8 GW d’éolien terrestre. Les autorités soulignent que ce plan est essentiel pour réduire la dépendance aux importations d’énergies fossiles et consolider les chaînes d’approvisionnement européennes.
L’annonce intervient après un retard de deux ans dû à des blocages politiques sur le financement de la transition énergétique, dans un contexte où la France fait face à une dette publique élevée.
Souveraineté énergétique dans un contexte de tensions mondiales
Le ministre de l’Industrie et de l’Énergie, Roland Lescure, a présenté ces projets comme une réponse stratégique à la volatilité des marchés de l’énergie, notamment liée aux tensions géopolitiques perturbant les flux de pétrole et de gaz.
Il a rappelé que la France est relativement protégée grâce à ses investissements historiques dans le nucléaire, ce qui lui permet de maintenir des prix de l’électricité nettement inférieurs à ceux de pays voisins comme Italie.
« L’idée est désormais de poursuivre dans cette voie et d’accélérer », a-t-il déclaré.
Le « Made in Europe » au cœur des appels d’offres
Un élément central de ces appels d’offres est la préférence accordée aux composants européens. Dans le cadre des politiques industrielles européennes, la France introduit un « critère de résilience » favorisant les projets utilisant des technologies et matériaux produits en Europe.
Cette approche s’inscrit dans la stratégie de l’Union européenne visant à réduire la dépendance vis-à-vis de fournisseurs étrangers, notamment la Chine, dans les secteurs clés des énergies propres.
Concrètement :
- Les projets solaires seront évalués selon l’origine des cellules et modules photovoltaïques.
- Les projets d’éolien en mer devront limiter le recours à des composants stratégiques d’origine chinoise.
- L’utilisation d’aimants permanents chinois dans les turbines sera plafonnée à 50 %.
Les futurs appels d’offres intégreront également des critères de durabilité et de cybersécurité, reflétant une montée en puissance des exigences ESG.
Soutien à l’industrie nationale
La France entend aussi utiliser ces appels d’offres pour renforcer son tissu industriel. Des entreprises comme Nexans, GE Vernova et Siemens Gamesa devraient jouer un rôle clé dans la fourniture d’infrastructures énergétiques.
Parallèlement, des acteurs émergents tels que Holosolis (photovoltaïque) et Carester (terres rares) illustrent la volonté du pays de bâtir une chaîne de valeur complète sur son territoire.
Une politique énergétique structurée et ambitieuse
Ce programme s’inscrit dans le cadre plus large de la loi de programmation énergétique adoptée en 2024, qui prévoit notamment :
- 15 GW d’éolien en mer d’ici 2035 (contre moins de 2 GW aujourd’hui)
- Une forte accélération du solaire et de l’éolien terrestre
- Le maintien du nucléaire comme pilier bas carbone
La stratégie française se distingue en Europe par ce modèle hybride combinant nucléaire et renouvelables.
Elle s’aligne également avec les grandes initiatives européennes telles que le Green Deal, le Net-Zero Industry Act et la réforme du marché de l’électricité.
Vers une transformation stratégique de long terme
Au-delà des volumes installés, ces appels d’offres traduisent une évolution profonde de la transition énergétique : il ne s’agit plus seulement de déployer des capacités, mais aussi de maîtriser leur production et leur chaîne d’approvisionnement.
L’objectif est clair : accélérer la transition énergétique tout en renforçant la souveraineté industrielle — un équilibre entre ambition climatique et puissance économique. Foto-Kenueone, Wikimedia commons.