La France a annoncé un durcissement des contrôles sur une série d’importations alimentaires afin d’apaiser la colère des agriculteurs, qui manifestent contre le projet
d’accord commercial entre l’Union européenne et le bloc sud-américain du Mercosur.
Cette décision intervient après plusieurs semaines de mobilisation du monde agricole, qui estime que cet accord exposerait les producteurs français à une concurrence déloyale de pays appliquant des normes environnementales et sanitaires moins strictes. Les protestations ont également été alimentées par des difficultés nationales, notamment l’abattage de cheptels lié à des foyers de dermatose nodulaire contagieuse.
La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a indiqué dimanche que la France allait renforcer les contrôles sur une douzaine de produits alimentaires importés afin de s’assurer qu’ils ne contiennent pas de substances interdites par la réglementation de l’Union européenne. Elle a précisé qu’un décret serait prochainement publié pour annoncer la suspension des importations de certains produits déjà connus pour contenir ces substances.
« Les importations, d’où qu’elles viennent dans le monde, doivent respecter nos normes », a écrit Annie Genevard sur X. « La France montre l’exemple en Europe avec ce décret inédit qui concerne plus d’une douzaine de produits alimentaires. »
Selon la ministre, des produits tels que les melons, pommes, abricots, cerises, fraises, raisins ainsi que les pommes de terre ne pourront être commercialisés en France que s’ils ne présentent aucun résidu de substances interdites. D’autres produits, notamment les avocats, mangues, goyaves ou certains agrumes en provenance d’Amérique du Sud ou d’autres régions, ne seront autorisés à l’importation que s’ils respectent les normes françaises et européennes.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait auparavant averti que tout produit importé présentant des traces d’herbicides ou de fongicides interdits en Europe — notamment le mancozèbe, le glufosinate, le thiophanate-méthyl et le carbendazime — serait interdit à la vente en France.
L’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur — le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay — a été conclu en 2019, mais son processus de ratification est au point mort, nécessitant l’approbation des États membres de l’UE. Si l’Allemagne et l’Espagne soutiennent l’accord, l’opposition reste forte en France, où ses détracteurs redoutent l’arrivée massive de produits agricoles sud-américains à bas prix, en particulier la viande bovine, ne répondant pas aux normes européennes en matière d’environnement et de sécurité alimentaire.
« Protéger nos agriculteurs, garantir la santé des Français et lutter contre toute forme de concurrence déloyale tout en faisant respecter nos règles : c’est non négociable », a ajouté Annie Genevard, appelant la Commission européenne à généraliser ces mesures à l’échelle de l’Union. « Si nécessaire, nous recommencerons. »
Selon plusieurs sources diplomatiques à Bruxelles, l’Union européenne travaillerait à la signature de l’accord Mercosur le 12 janvier au Paraguay, pays qui doit prochainement prendre la présidence tournante du bloc sud-américain, succédant au Brésil.