La police française a perquisitionné jeudi le domicile et les bureaux de la ministre de la Culture, Rachida Dati, dans le cadre d’une enquête élargie pour corruption liée à son mandat au
Parlement européen, ont confirmé les autorités judiciaires.
Les perquisitions ont visé plusieurs lieux, notamment la résidence privée de la ministre, le siège du ministère de la Culture ainsi que la mairie du VIIᵉ arrondissement de Paris, qu’elle dirige. Âgée de 60 ans, Dati est actuellement maire de cet arrondissement cossu de la capitale et mène campagne pour devenir maire de Paris lors des élections municipales de 2026.
L’enquête a été ouverte le 14 octobre par le Parquet national financier. Elle porte sur des soupçons de corruption, de trafic d’influence et de détournement de fonds publics liés à des versements que Dati aurait perçus entre 2010 et 2011, alors qu’elle siégeait au Parlement européen.
Les enquêteurs s’intéressent à des accusations selon lesquelles Dati aurait touché près de 300.000 euros de la part du groupe énergétique GDF Suez — devenu Engie — durant cette période. Selon des révélations médiatiques, ces paiements, transitant par le cabinet d’avocats aujourd’hui dissous STC Partners, coïncidaient avec des prises de position favorables au gaz dans ses interventions publiques et parlementaires. Dati a toujours nié ces accusations. Son avocat, Olivier Pardo, a refusé de commenter les perquisitions de jeudi.
Les liens présumés entre Dati et l’entreprise énergétique sont apparus pour la première fois en 2013 et ont été relancés ces derniers mois par des enquêtes de ‘Complément d’Enquête’ et du ‘Nouvel Observateur'.
Les démêlés judiciaires de la ministre ne s’arrêtent pas à cette affaire. Dati est mise en examen depuis 2021 pour corruption passive dans un dossier distinct lié à l’ancien patron de Renault–Nissan, Carlos Ghosn. Elle est soupçonnée d’avoir reçu 900.000 euros d’honoraires entre 2010 et 2012 d’une filiale néerlandaise du groupe automobile. Ce procès doit s’ouvrir l’année prochaine. Dati nie également ces accusations.
Par ailleurs, en septembre, le parquet a indiqué examiner des informations selon lesquelles la ministre n’aurait pas déclaré des bijoux et montres de luxe — estimés à 420.000 euros — lors de son entrée au gouvernement. Ces éléments ont été révélés par le quotidien ‘Libération’, qui affirme que sa déclaration de patrimoine de 2024 mentionne 5,6 millions d’euros en immobilier, épargne et assurance-vie, mais aucun bijou.
Malgré ces pressions judiciaires, Rachida Dati reste une figure influente de la droite française. Elle a siégé au Parlement européen de 2009 à 2019 et occupe le portefeuille de la Culture depuis le début de l’année 2024, sous quatre Premiers ministres successifs, dont l’actuel Sébastien Lecornu.
Dati ambitionne de succéder à Anne Hidalgo à la mairie de Paris lors des élections municipales prévues en mars 2026. Si elle l’emportait, elle deviendrait la deuxième femme consécutive à diriger la capitale française. Foto-Nicolas Richoffer, Wikimedia commons.