
La France a salué la décision de l’Azerbaïdjan d’accorder sa grâce au ressortissant français Martin Ryan, qualifiant cette mesure de geste humanitaire susceptible de contribuer à apaiser
plusieurs années de tensions entre Paris et Bakou. La grâce est intervenue un jour après que l’Union européenne a retiré les hommes d’affaires russes Alisher Usmanov et Mikhaïl Fridman de sa liste de sanctions.
Le calendrier de ces décisions a particulièrement attiré l’attention. Selon des diplomates européens cités par Reuters, Paris aurait indiqué en privé que Bakou liait le sort de deux ressortissants français détenus en Azerbaïdjan au dossier des sanctions visant Usmanov. Les autorités azerbaïdjanaises ont rejeté ces accusations, qualifiant d’infondées les allégations faisant état d’une campagne de pression.
Le ministère français des Affaires étrangères a déclaré que la grâce accordée à Ryan était le résultat d’un dialogue prolongé et exigeant avec les autorités azerbaïdjanaises. Paris a indiqué qu’il souhaitait poursuivre ces discussions et considère cette décision comme une étape vers une normalisation progressive des relations bilatérales.
Martin Ryan purgeait une peine de dix ans de prison en Azerbaïdjan après avoir été condamné pour espionnage en mars 2026. Le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev l’a inclus mercredi parmi plusieurs personnes condamnées bénéficiant d’une grâce présidentielle. Selon les informations disponibles, Ryan devait regagner la France après sa libération.
Le sort du deuxième ressortissant français détenu en Azerbaïdjan reste en revanche incertain. Des médias français l’ont identifié comme Anass Derraz, employé de l’entreprise française de gestion de l’eau Saur. Il a été condamné en 2025 à douze ans de prison pour des faits de corruption et ne figure pas parmi les personnes graciées mercredi.
Cette évolution diplomatique intervient après une semaine de négociations difficiles au sein de l’Union européenne sur le renouvellement des sanctions liées à la Russie. Mardi, les États membres ont décidé de maintenir les mesures visant plusieurs milliers de personnes et d’entités, tout en retirant Usmanov et Fridman de la liste européenne. La France a soutenu le retrait d’Usmanov en invoquant des considérations de sécurité nationale, tandis que le Luxembourg a soutenu celui de Fridman dans le contexte d’un différend juridique distinct.
La succession des événements a alimenté les spéculations sur l’existence d’un lien entre la décision européenne concernant les sanctions et le sort des ressortissants français détenus en Azerbaïdjan. Toutefois, la nature exacte d’un éventuel accord entre Paris et Bakou n’a pas été rendue publique et les autorités azerbaïdjanaises démentent avoir exercé des pressions sur les gouvernements occidentaux.
Les relations entre la France et l’Azerbaïdjan se sont fortement détériorées ces dernières années. Les tensions se sont notamment aggravées après la reprise du contrôle du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan en 2023, qui a entraîné le départ d’environ 120 000 Arméniens de la région. Paris a ensuite renforcé son soutien militaire et politique à l’Arménie, suscitant de vives critiques de Bakou.
Les deux pays se sont également accusés mutuellement d’actions liées à l’information. Les autorités françaises ont accusé des groupes liés à l’Azerbaïdjan de mener des campagnes de désinformation, tandis que Paris a affirmé que Bakou cherchait à encourager les troubles et les revendications indépendantistes en Nouvelle-Calédonie. L’Azerbaïdjan a rejeté ces accusations.
Dans ce contexte, la grâce accordée à Martin Ryan offre aux deux gouvernements une occasion de rouvrir les canaux diplomatiques. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a également rencontré son homologue azerbaïdjanais à New York mercredi, selon des sources proches des discussions. Foto-Joseba Uribe, Wikimedia commons.