Bruxelles débloque 114,7 millions d’euros pour aider l’Espagne à gérer la crise migratoire à Ceuta

 

La Commission européenne a approuvé une enveloppe d’urgence de 114,7 millions d’euros en faveur de l’Espagne afin d’aider les autorités à faire face à la crise migratoire à Ceuta, après

d’importants franchissements irréguliers de la frontière les 30 et 31 juillet.

Cette aide doit permettre de renforcer le contrôle des frontières, les dispositifs de sécurité, les capacités d’accueil et les procédures de contrôle des migrants, tout en soutenant le retour des personnes qui ne disposent pas du droit légal de rester sur le territoire espagnol.

La décision constitue une nouvelle étape majeure dans la réponse européenne à la situation à Ceuta. Dès le début de la crise, Bruxelles avait proposé à Madrid une assistance financière et opérationnelle. La Commission souligne désormais sa « pleine solidarité » avec l’Espagne, confrontée à une pression accrue sur ses infrastructures frontalières et ses capacités d’accueil.

L’enveloppe sera financée par deux instruments européens. 82,7 millions d’euros proviendront du Fonds « Asile, migration et intégration », tandis que 32 millions d’euros seront mobilisés au titre de l’instrument relatif à la gestion des frontières et aux visas.

Les fonds permettront notamment de renforcer la surveillance et la protection des frontières, de moderniser les infrastructures de sécurité et de déployer du personnel et des équipements supplémentaires.

Parmi les moyens susceptibles d’être financés figurent des caméras thermiques, des technologies d’observation, des systèmes de bouées flottantes et des drones sous-marins. L’aide servira également à créer des installations destinées au contrôle et à l’enregistrement des migrants.

Une partie des ressources sera consacrée au renforcement des capacités d’accueil à Ceuta, notamment pour les mineurs non accompagnés, ainsi qu'à l'organisation du retour des personnes qui se trouvent illégalement sur le territoire.

L’Espagne avait officiellement demandé cette aide d’urgence le 24 août. La Commission indique avoir traité cette demande en priorité et être restée en contact étroit et permanent avec les autorités espagnoles depuis le début de la crise.

Frontex, Europol et l’EUAA renforcent leur soutien

L’aide financière s’accompagne d’un renforcement de la coopération opérationnelle avec plusieurs agences européennes.

Frontex est prête à prolonger jusqu’en 2027 les plans opérationnels actuellement mis en œuvre en Espagne. La prolongation de l’opération conjointe Minerva a déjà été approuvée et permettra notamment de maintenir le déploiement des agents du corps permanent de Frontex à Ceuta.

L’agence pourrait également fournir des moyens maritimes supplémentaires, renforcer l’échange d’informations dans le cadre d’Eurosur, participer aux opérations de retour avant et après le départ et soutenir la coopération avec le Maroc.

Europol poursuivra pour sa part sa coopération avec les forces de sécurité espagnoles, notamment dans les enquêtes visant les réseaux de trafic de migrants et dans l'analyse stratégique de ces activités criminelles.

L’Agence de l’Union européenne pour l’asile (EUAA) a également répondu favorablement à la demande espagnole et fournira notamment un soutien aux entretiens avec les migrants ainsi qu’aux services d’interprétation.

Bruxelles et Madrid créent un mécanisme commun de coordination

La Commission européenne et les agences de l’UE vont désormais travailler plus étroitement avec les autorités espagnoles dans le cadre d’un groupe de coordination conjoint.

Ce groupe réunira des représentants de la Commission, des agences européennes concernées et des autorités espagnoles compétentes. Il aura pour objectif de coordonner les opérations, de suivre la mise en œuvre de l’aide d’urgence et d’adapter rapidement la réponse européenne aux besoins sur le terrain.

La première réunion doit avoir lieu cette semaine. Une deuxième mission technique européenne à Ceuta est également prévue.

Bruxelles affirme que la priorité reste le retour rapide des personnes qui n’ont pas le droit de séjourner légalement à Ceuta.

Après la signature de l’accord de subvention, la Commission disposera de 30 jours pour verser jusqu’à 80 % du montant approuvé. Une grande partie du financement devrait donc être disponible peu après la conclusion de l’accord.

Les dépenses éligibles pourront en outre être financées rétroactivement à partir du début de la situation d’urgence, permettant ainsi à l’Espagne de couvrir certaines dépenses déjà engagées dans le cadre de sa réponse à la crise.

La Commission conservera la responsabilité générale de la coordination européenne. Les modalités précises du soutien opérationnel de Frontex, d’Europol et de l’EUAA seront toutefois définies directement entre ces agences et les autorités espagnoles compétentes.

Avec cette enveloppe de 114,7 millions d’euros et le renforcement de l'appui opérationnel européen, Ceuta devient une nouvelle fois un point central de la stratégie de l’UE visant à sécuriser ses frontières extérieures, lutter contre les réseaux de passeurs et gérer les conséquences de l’immigration irrégulière. Foto-Diego Delso, Wikimedia commons.