Des hackers russes ciblent la Norvège en représailles à son soutien continu à l’Ukraine

 

Un groupe de hackers russophones a revendiqué une série de cyberattaques ayant perturbé des services numériques publics en Norvège, affirmant que cette campagne avait été lancée en

représailles à la décision d’Oslo de renouveler et de renforcer son soutien militaire et sécuritaire à l’Ukraine.

Les attaques, qui se poursuivent depuis plusieurs jours, ont affecté des services gouvernementaux en ligne, notamment MinID et Altinn, contraignant certaines infrastructures numériques publiques norvégiennes à faire face à un important afflux de trafic malveillant.

Les autorités norvégiennes ont qualifié l’incident d’attaque par déni de service distribué (DDoS). Cette méthode consiste à submerger des sites et des serveurs sous un volume massif de requêtes artificielles, rendant leur accès difficile, voire impossible, pour les utilisateurs légitimes.

Le collectif de hackers russes « Server Killers » aurait revendiqué l’opération dans des messages publiés sur Telegram, selon la chaîne norvégienne TV2. Le groupe aurait affirmé déclarer une forme de « cyber-guerre » à la Norvège en raison de son engagement renouvelé en faveur de l’Ukraine.

Ces déclarations ne permettent pas, à elles seules, d’établir de manière indépendante le rôle exact du groupe dans les attaques. Elles interviennent toutefois à un moment particulièrement sensible des relations entre la Norvège et la Russie, alors qu’Oslo continue de faire du soutien à l’Ukraine un élément central de sa politique de sécurité nationale et européenne.

L’attaque survient après la visite de Støre à Kyiv

La campagne informatique a débuté peu après le déplacement à Kyiv du Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre, qui s’est rendu dans la capitale ukrainienne avec plusieurs dirigeants des pays nordiques et baltes.

La délégation a visité Kyiv dimanche à l’occasion de la Journée du drapeau ukrainien et s’est entretenue avec le président Volodymyr Zelensky ainsi qu’avec d’autres hauts responsables ukrainiens. La visite s’est déroulée alors que la Russie intensifiait ses frappes de missiles et de drones contre Kyiv et d’autres villes ukrainiennes.

Støre s’est rendu dans des quartiers endommagés par les récentes attaques et a profité de son déplacement pour réaffirmer le soutien politique, économique et militaire de long terme de la Norvège à l’Ukraine.

Le Premier ministre norvégien a souligné que les attaques russes contre les civils et les infrastructures ukrainiennes illustraient l’ampleur de la menace quotidienne à laquelle la population est confrontée.

Il a également réaffirmé la volonté d’Oslo de rester aux côtés de l’Ukraine alors que celle-ci défend sa souveraineté, son indépendance et son droit à décider de son propre avenir.

La Norvège promet des milliards supplémentaires à l’Ukraine

La visite de la délégation norvégienne s’est accompagnée du renouvellement d’un accord de coopération entre Oslo et Kyiv.

La Norvège s’est engagée à fournir une aide substantielle supplémentaire à l’Ukraine. Le gouvernement a prévu environ 85 milliards de couronnes norvégiennes dans le prochain budget de l’État pour soutenir Kyiv. Cette aide doit répondre à la fois aux besoins civils et militaires de l’Ukraine, alors que le pays se prépare à un nouvel hiver difficile et continue de subir des attaques contre ses infrastructures énergétiques et d’autres installations essentielles.

Støre a déclaré que les destructions qu’il avait constatées à Kyiv avaient renforcé la détermination de la Norvège à poursuivre son soutien.

Le gouvernement norvégien souligne également que sa politique à l’égard de l’Ukraine bénéficie d’un large soutien politique dans le pays, y compris au Parlement, ainsi que d’un appui important de l’opinion publique.

Cet engagement fait de plus en plus de la Norvège une cible potentielle pour les opérations d’influence et les cyberattaques liées à la Russie.

Les autorités s’efforcent de rétablir les services

La Direction norvégienne de la numérisation (Digdir) a indiqué mercredi que ses équipes poursuivaient leurs efforts pour limiter les conséquences de la cyberattaque.

Are Kvistad, de Digdir, a déclaré à la chaîne publique NRK que les autorités avaient réussi à rétablir plusieurs systèmes affectés tout en poursuivant leurs efforts pour contrer l’attaque.

Les responsables ont affirmé que la situation était sous contrôle, même si certains services restaient exposés à des perturbations.

L’unité nationale de la police norvégienne chargée des enquêtes criminelles, Kripos, a également ouvert une enquête sur l’incident.

Ces attaques s’inscrivent dans un contexte plus large de campagnes informatiques perturbatrices visant des pays européens ayant apporté un soutien politique, militaire ou financier à l’Ukraine. Des groupes de hackers pro-russes ont déjà revendiqué des attaques contre des infrastructures numériques dans plusieurs pays, notamment le Danemark et le Royaume-Uni.

Même si les attaques DDoS n’impliquent généralement pas le vol de données sensibles, elles peuvent provoquer d’importantes perturbations en mettant temporairement hors service des plateformes essentielles. Pour les gouvernements de plus en plus dépendants des services numériques, même des interruptions relativement courtes peuvent affecter un grand nombre de citoyens et d’entreprises.

Le dernier incident en Norvège illustre ainsi un défi sécuritaire plus large auquel sont confrontés les gouvernements européens : la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine ne se limite pas à la pression militaire exercée sur le champ de bataille, mais s’accompagne également de tentatives de plus en plus visibles visant à perturber les infrastructures numériques des pays qui soutiennent Kyiv.

Pour Oslo, le calendrier de l’attaque ajoute une nouvelle dimension à une relation sécuritaire déjà fortement dégradée avec Moscou. Le gouvernement norvégien a clairement fait savoir qu’il entendait poursuivre son soutien à l’Ukraine malgré les risques, tandis que les autorités travaillent désormais à maintenir les services publics essentiels face à une pression cybernétique persistante. Foto-  jaydeep_, Wikimedia commmons.