De plus en plus de familles et de femmes bloquées sur la côte française de la Manche face à la dangerosité croissante des traversées

 

La population migrante qui se rassemble sur le littoral du nord de la France devient de plus en plus vulnérable. Les associations humanitaires font état d’une nette augmentation du

nombre de femmes, d’enfants et de familles qui restent plus longtemps sur la côte de la Manche, alors que les traversées réussies vers le Royaume-Uni deviennent plus difficiles.

Cette évolution suscite l’inquiétude des organisations humanitaires, qui alertent sur une exposition accrue aux réseaux de traite des êtres humains, à l’exploitation sexuelle et aux violences, ainsi que sur les dangers liés aux embarcations de plus en plus surchargées qui tentent de rejoindre le Royaume-Uni.

Les risques ont été tragiquement illustrés par deux incidents survenus ces dernières semaines.

Le 30 juillet, vers 6 h 30, un navire français chargé de surveiller une embarcation de migrants à destination de la Grande-Bretagne a découvert trois personnes inconscientes à bord. Toutes trois ont été déclarées mortes après leur évacuation vers le port de Dunkerque. Il s’agissait de trois femmes, a confirmé par la suite le parquet de Dunkerque, qui a ouvert une enquête.

Quelques jours plus tard, le 4 août, 173 migrants ont été secourus après le naufrage d’une embarcation dans la Manche. Parmi eux figuraient plus de 50 femmes et enfants.

Pour les organisations présentes sur le terrain, ces deux drames illustrent une évolution plus large de la composition de la population migrante présente sur le littoral du nord de la France.

Angèle Vettorello, co-coordinatrice de l’antenne locale d’Utopia 56 à Calais, explique que les femmes et les enfants peuvent désormais représenter environ la moitié des personnes qui restent sur place après une tentative de traversée. Dans le camp de Loon-Plage, les femmes et les enfants représenteraient environ 40 % des occupants, selon elle. Cette tendance toucherait désormais l’ensemble du littoral.

Léa Biteau, responsable de projet au Secours Catholique à Calais, estime que cette hausse n’est pas un phénomène temporaire, mais une évolution qui se poursuit depuis plus d’un an.

Des attentes de plus en plus longues sur le littoral français

Le Refugee Women’s Centre (RWC), spécialisé dans l’accompagnement des femmes déplacées et des familles sans logement stable dans le nord de la France, constate également une forte augmentation.

Selon sa coordinatrice, Célia Prével, cette évolution est devenue particulièrement visible depuis 2024.

D’après les chiffres communiqués à InfoMigrants, l’organisation a déjà accompagné plus de 3 000 femmes depuis le début de 2026. Le nombre de femmes prises en charge devait atteindre 5 200 en 2025, contre 2 200 en 2024. Le nombre d’enfants accompagnés a lui aussi fortement progressé, passant de 2 100 en 2024 à 5 500 en 2025. Depuis le début de 2026, environ 3 100 enfants ont déjà été pris en charge.

Les associations expliquent cette évolution en partie par l’augmentation générale du nombre de migrants présents sur le littoral. Elles évoquent notamment les conditions météorologiques difficiles de l’hiver dernier, le durcissement des politiques migratoires européennes et le renforcement des contrôles aux frontières.

Le résultat, selon elles, est une population toujours plus importante qui attend une occasion de traverser.

« Il y a moins de traversées, donc les personnes restent plus longtemps sur le littoral », explique Léa Biteau.

Angèle Vettorello indique que certains migrants passent désormais plusieurs jours dans les dunes en attendant de pouvoir monter à bord d’une embarcation.

Les autorités françaises ont confirmé l’augmentation du nombre de migrants présents autour de Calais. Début août, elles ont indiqué au quotidien La Voix du Nord que 840 à 910 migrants se trouvaient dans la région, soit davantage qu’à la même période l’année précédente.

Dans le même temps, le nombre de personnes parvenant à rejoindre la Grande-Bretagne a considérablement diminué.

Depuis le début de 2026, 15 897 migrants ont atteint les côtes britanniques, contre 27 997 sur la même période en 2025, soit une baisse d’environ 43 %. En avril, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait indiqué que les traversées réussies de la Manche étaient en baisse de 56 % par rapport à la même période de l’année précédente.

Femmes et enfants particulièrement exposés

Les conséquences humanitaires sont particulièrement préoccupantes pour les familles, dont beaucoup sont originaires d’Érythrée, d’Afghanistan, du Soudan et de Somalie.

Une fois arrivées sur le littoral français, les familles n’ont généralement accès à un hébergement d’urgence que pour une période limitée, avant de devoir vivre dans des campements ou des installations informelles.

Pour les associations, cette situation expose particulièrement les femmes et les enfants.

« Cette population est beaucoup plus vulnérable », souligne Angèle Vettorello, qui met en garde contre les risques accrus de violences sexuelles, de traite des êtres humains et d’exploitation sexuelle.

Léa Biteau estime que les dispositifs existants offrent une protection limitée.

« Il existe très peu de mécanismes de protection pour les enfants et les femmes », déclare-t-elle. « Nous faisons de notre mieux avec les moyens dont nous disposons, mais ils restent limités. »

Les dangers ne s’arrêtent pas lorsque les migrants tentent de monter à bord des embarcations.

Le 10 août, une embarcation transportant environ 230 personnes, dont des femmes et plus de 20 enfants, a atteint la Grande-Bretagne après un départ chaotique depuis la côte française.

Les sauveteurs ont décrit une ruée massive vers une embarcation pneumatique d’environ 15 mètres, alors que celle-ci se trouvait déjà dans l’eau. Le bateau était tellement surchargé que plusieurs personnes sont tombées à la mer, tandis qu’environ 30 autres se sont retrouvées dans l’eau. Avec la montée de la marée, certaines se sont rapidement retrouvées isolées du groupe principal.

Pour les femmes et les enfants, de telles scènes peuvent être particulièrement dangereuses.

Utopia 56 avertit que l’augmentation de la taille des embarcations ne rend pas nécessairement les traversées plus sûres. Des bateaux plus grands peuvent attirer des groupes plus nombreux sur le rivage, créant des conditions toujours plus dangereuses au moment de l’embarquement.

« De nombreuses personnes qui tentent de monter en même temps sur une embarcation déjà dans l’eau, c’est une situation complètement différente », estime Angèle Vettorello, décrivant des opérations d’embarquement de plus en plus complexes.

Le risque, selon elle, est clair : plus les groupes sont nombreux et plus l’embarquement est chaotique, plus le risque d’un accident mortel augmente.