La Chine fixe ses lignes rouges économiques avant les négociations commerciales avec les États-Unis et l’UE

La Chine défend son modèle économique à l’approche de nouvelles négociations commerciales avec les États-Unis et l’Union européenne, laissant entendre qu’elle n’est pas disposée à

modifier en profondeur une politique qui privilégie l’industrie manufacturière et les secteurs technologiques avancés.

Le président chinois Xi Jinping et son homologue américain Donald Trump devraient se rencontrer à plusieurs reprises cette année, tandis que l’UE a fixé au mois d’octobre une échéance à Pékin pour régler plusieurs différends commerciaux.

Ces discussions interviennent alors que les inquiétudes grandissent dans les capitales occidentales face à l’ampleur de l’excédent commercial chinois, qui dépasse 1 000 milliards de dollars.

Les États-Unis et l’UE accusent la Chine de mener des politiques favorisant les producteurs au détriment des consommateurs et contribuant à l'afflux sur les marchés mondiaux de produits relativement bon marché.

Selon eux, cette stratégie exerce une pression croissante sur les industriels des pays qui cherchent à réorienter leur économie vers la consommation intérieure.

Mais une réunion des principaux dirigeants du Parti communiste chinois cette semaine a indiqué que Pékin entendait maintenir sa stratégie économique actuelle.

Les dirigeants ont appelé à un soutien ciblé à l’économie, plutôt qu’à de vastes mesures de relance destinées aux consommateurs et aux réformes structurelles réclamées depuis longtemps par les gouvernements occidentaux et de nombreux économistes.

Le ministère chinois du Commerce a également rejeté les accusations selon lesquelles la politique industrielle du pays aurait provoqué une situation de « surcapacités », accusant les gouvernements occidentaux d’utiliser cette question pour justifier des mesures protectionnistes.

La principale revue théorique du Parti communiste, Qiushi, a pour sa part affirmé en juillet que le niveau relativement faible de la consommation des ménages en Chine était la conséquence historiquement justifiée d’un modèle de développement fondé sur l’investissement.

Xu Tianchen, économiste senior à l’Economist Intelligence Unit, estime que ces déclarations visent en partie à expliquer la position chinoise aux gouvernements étrangers, tout en définissant les limites de ce que Pékin est prêt à accepter.

« Une meilleure compréhension mutuelle contribue aux négociations », a-t-il déclaré.

« Mais il s’agit aussi de fixer une ligne rouge. »

Le document du ministère du Commerce, a-t-il ajouté, indique clairement que la Chine s’opposera aux mesures qu’elle considère comme discriminatoires à l’encontre de ses entreprises et de ses exportations.

Pékin conteste les craintes d’un nouveau « choc chinois »

Les responsables chinois affirment que le modèle économique du pays correspond aux besoins d’une économie encore en phase de rattrapage par rapport aux nations les plus riches.

Pékin souligne que ses entreprises produisent désormais des biens de plus en plus sophistiqués et que les investissements dans les technologies et la recherche scientifique peuvent bénéficier à l’économie mondiale.

Le Premier ministre Li Qiang s’est notamment employé à répondre aux avertissements concernant un nouveau « choc chinois », c’est-à-dire le risque que les entreprises chinoises supplantent leurs concurrentes occidentales dans des secteurs comme les véhicules électriques, les batteries et d’autres industries de pointe.

Il défend au contraire l’idée d’une « opportunité chinoise », estimant que le développement industriel de la Chine peut créer des perspectives pour l’économie mondiale.

Mais ce discours peine à convaincre les pays qui font face à une hausse des importations chinoises, selon Eswar Prasad, professeur de politique commerciale à l’université Cornell et ancien directeur du département Chine du Fonds monétaire international.

Il estime que la dépendance de la Chine aux exportations, alors que la demande intérieure reste faible, rend difficile pour Pékin de présenter ses exportations comme un simple avantage pour les consommateurs étrangers.

L’année dernière, les États-Unis ont tenté de faire pression sur la Chine en imposant des droits de douane de plus de 100 % sur certains produits. Pékin a riposté en utilisant sa position dominante dans la production de terres rares, indispensables à de nombreux secteurs, de l’électronique à la défense.

La confrontation a finalement débouché sur des négociations plutôt que sur une restructuration fondamentale des relations économiques entre les deux pays.

L’UE prépare sa propre réponse

L’Union européenne adopte désormais elle aussi une position plus ferme.

Le déficit commercial de l’UE avec la Chine a atteint en moyenne environ 1 milliard de dollars par jour l’année dernière, poussant Bruxelles à mettre en place des mesures destinées à protéger l’industrie européenne et à encourager les achats auprès de fournisseurs européens.

Le chancelier allemand Friedrich Merz a également critiqué Pékin pour ce qu’il considère comme une sous-évaluation de la monnaie chinoise.

Pourtant, les dernières déclarations chinoises suggèrent que Pékin estime pouvoir gérer les tensions commerciales croissantes sans faire de concessions majeures.

« L’épisode des droits de douane américains semble avoir fourni un modèle de gestion des relations que Pékin applique également à l’Europe : essentiellement, gagner du temps », a déclaré Alicia Garcia-Herrero, économiste en chef pour l’Asie-Pacifique chez Natixis.

Selon elle, la défense par Pékin de son modèle économique apparaît aujourd’hui « plus confiante et plus clairement encadrée » qu’il y a un ou deux ans.

La Chine a procédé à certains ajustements, notamment en ralentissant les investissements et en renforçant le contrôle des dépenses des collectivités locales.

Mais les analystes estiment que ces mesures restent insuffisantes face à la transformation plus profonde souhaitée par nombre de partenaires commerciaux de la Chine : stimuler la consommation des ménages et réduire la dépendance à l’investissement industriel.

La structure de l’économie chinoise devrait ainsi rester au cœur des prochaines négociations commerciales, alors que les États-Unis et l’UE cherchent à obtenir un meilleur accès au marché chinois tandis que Pékin semble déterminé à protéger les politiques qu’il considère comme essentielles à ses ambitions économiques et technologiques. Foto-N509FZ, Wikimedia commons.