La France cherche à se repositionner en Afrique au-delà de ses bastions historiques lors du sommet de Nairobi, sur fond de recul en Afrique de l’Ouest

 

La France tente de recalibrer ses relations avec l’Afrique en organisant la semaine prochaine un important sommet au Kenya, délaissant progressivement ses anciens bastions coloniaux

d’Afrique de l’Ouest, où son influence a fortement reculé.

La rencontre de Nairobi — première du genre organisée dans un pays anglophone — est présentée par Paris comme le symbole d’un « partenariat renouvelé » avec le continent, alors que le président français Emmanuel Macron entre dans la dernière année de son mandat.

Selon un conseiller de l’Élysée, ce sommet vise à illustrer une approche plus large et plus pragmatique des relations franco-africaines, notamment dans les régions où la France conserve encore des liens économiques, culturels ou sécuritaires.

Recul d’influence en Afrique de l’Ouest

Ce repositionnement intervient après une série de revers dans la région du Sahel, où des coups d’État successifs depuis 2020 ont porté au pouvoir des régimes militaires ayant expulsé les forces françaises et sollicité l’appui d’acteurs sécuritaires alternatifs, notamment des groupes liés à la Russie.

Parallèlement, Paris a poursuivi son retrait militaire. La France a notamment cédé l’an dernier sa dernière grande base au Sénégal, après que le président Bassirou Diomaye Faye a estimé que la présence militaire étrangère était incompatible avec la souveraineté nationale.

Pour certains analystes, cette évolution reflète une transformation plus profonde. « On a l’impression d’un rebranding de la manière dont la France se positionne sur le continent », explique Beverly Ochieng, analyste chez Control Risks, évoquant un passage d’alliances sécuritaires traditionnelles vers des partenariats plus diversifiés.

Une redéfinition plus large de la politique africaine

Depuis son élection en 2017, Emmanuel Macron a promis de tourner la page de la “Françafrique” — ces réseaux informels qui ont longtemps structuré les relations entre la France et ses anciennes colonies — et de diversifier les partenariats sur le continent.

Cette stratégie a inclus des efforts diplomatiques pour apaiser les tensions avec des pays comme le Rwanda et l’Algérie, ainsi qu’un engagement accru auprès de la société civile et des jeunes leaders africains.

Sur le plan économique, la France a également renforcé ses échanges commerciaux avec l’Afrique. Selon l’International Trade Centre, les importations françaises en provenance d’Afrique ont augmenté d’environ 25 % entre 2021 et 2024.

Paris a aussi multiplié les accords d’investissement, notamment un partenariat de 300 millions d’euros signé avec le Nigeria en 2024 dans les secteurs des infrastructures, de la santé, des transports et des énergies renouvelables.

Investissements et diplomatie économique au cœur du sommet

Les discussions à Nairobi devraient largement porter sur les investissements dans des secteurs clés tels que les énergies propres, l’intelligence artificielle et l’éducation.

La France a également renforcé sa coopération sécuritaire avec des partenaires non traditionnels, notamment à travers un accord de défense signé avec le Kenya en octobre dernier, couvrant le renseignement, la sécurité maritime et les opérations de maintien de la paix.

Le président kényan William Ruto, coorganisateur du sommet, devrait profiter de l’événement pour promouvoir une réforme du système financier international, qu’il juge défavorable aux pays africains lourdement endettés — une initiative soutenue par la France.

Une concurrence internationale accrue

Malgré ces efforts, la France fait face à une concurrence croissante d’acteurs comme la Chine et les pays du Golfe, qui ont renforcé leur présence en Afrique grâce à d’importants investissements dans les infrastructures.

Des tensions ont également émergé au Kenya, où le gouvernement a annulé un projet autoroutier de 1,5 milliard de dollars attribué à un consortium mené par, avant de le confier à des entreprises chinoises, invoquant des risques financiers excessifs.

Alors que Paris cherche à redéfinir sa présence en Afrique, les analystes estiment que le succès de cette stratégie dépendra de sa capacité à transformer des gestes diplomatiques en influence économique et politique durable dans un continent de plus en plus disputé. Countryside in Kenya. © Sam Stearman, Wikimedia commons.