Le Parlement européen a adopté trois résolutions distinctes exprimant sa vive inquiétude face à la détérioration de la situation des droits humains en Haïti, en Chine et au Venezuela, appelant à
des réformes urgentes, à la responsabilité des auteurs et à un renforcement de l’action internationale.
Haïti : des enfants pris au piège de la violence des gangs et de la traite
Les eurodéputés ont tiré la sonnette d’alarme face à l’aggravation de la crise sécuritaire et humanitaire en Haïti, où les groupes criminels sont de plus en plus impliqués dans la traite d’enfants et leur recrutement. Selon les parlementaires, les enfants représentent désormais jusqu’à la moitié des membres de certains groupes armés.
Le Parlement souligne que les mineurs impliqués dans ces gangs doivent être considérés avant tout comme des victimes et non comme des criminels. Il appelle à des efforts globaux de désarmement, au démantèlement des réseaux criminels et à des programmes de réintégration adaptés aux enfants et aux jeunes.
La résolution met également en lumière l’usage systématique de la violence sexuelle par les gangs pour intimider et contrôler les femmes et les filles. Les eurodéputés demandent un accès immédiat aux soins médicaux, à un soutien psychologique et à une assistance juridique pour les survivantes, ainsi qu’un renforcement des enquêtes sur ces abus, y compris les exécutions extrajudiciaires présumées.
Les parlementaires exhortent les autorités haïtiennes à renforcer les systèmes de protection sociale, à garantir l’accès à une éducation sûre et à consolider les mécanismes judiciaires. Ils réaffirment également l’engagement de l’UE à soutenir une réponse fondée sur les droits.
Au niveau international, le Parlement appelle à la pleine mise en œuvre de l’embargo de l’ONU sur les armes et à un renforcement des efforts pour lutter contre les flux illicites d’armes et de capitaux. Il demande également une augmentation de l’aide humanitaire et appelle à la suspension des expulsions de migrants haïtiens par les pays d’accueil.
La résolution a été adoptée par 511 voix pour, 21 contre et 42 abstentions.
Chine : rejet de la loi sur « l’unité ethnique » et appel à la libération des prisonniers
Dans une deuxième résolution, les eurodéputés condamnent une nouvelle loi chinoise sur « l’unité et le progrès ethniques », estimant qu’elle favorise l’assimilation forcée et restreint les libertés culturelles, religieuses et linguistiques, notamment au Tibet, au Xinjiang et en Mongolie intérieure.
Ils appellent le gouvernement chinois à abroger immédiatement cette législation, jugée contraire aux obligations internationales en matière de droits humains. Ils demandent également la libération des prisonniers politiques, dont l’universitaire ouïghour Ilham Tohti, lauréat du prix Sakharov.
Le Parlement insiste sur le fait que la succession du dalaï-lama doit rester une question strictement religieuse, régie uniquement par les traditions du bouddhisme tibétain.
Les eurodéputés avertissent que la poursuite de l’application de cette loi pourrait gravement nuire aux relations entre l’UE et la Chine. Ils dénoncent également la répression transnationale visant des individus vivant en Europe et invitent les États membres à reconsidérer leurs accords d’extradition avec la Chine.
Ils appellent en outre à l’application du régime mondial de sanctions de l’UE contre les responsables de cette loi.
La résolution a été adoptée par 439 voix pour, 52 contre et 71 abstentions.
Venezuela : une loi d’amnistie jugée insuffisante et inefficace
Concernant le Venezuela, les eurodéputés ont critiqué la gestion récente de la loi d’amnistie, après l’annonce de sa fin le 23 avril.
Selon eux, cette loi n’a pas permis de favoriser une véritable réconciliation politique, en raison de son champ d’application limité, de l’absence de contrôle indépendant et de son application discriminatoire.
Le Parlement se dit profondément préoccupé par le fait qu’au moins 470 prisonniers politiques restent détenus dans des conditions jugées inhumaines. Il réitère son appel à leur libération immédiate et à la restitution de leurs droits civils et politiques.
Les eurodéputés soulignent également qu’une loi d’amnistie ne doit en aucun cas protéger les responsables de violations des droits humains contre des poursuites.
Ils exhortent les autorités vénézuéliennes à mettre fin à la répression et à engager des réformes des institutions judiciaires, sécuritaires et électorales. Ils demandent aussi la fermeture des centres de détention arbitraire.
Enfin, le Parlement insiste pour que les sanctions de l’UE à l’encontre des responsables de violations des droits humains restent en place tant que des progrès concrets vers une transition démocratique ne seront pas réalisés, notamment l’abandon des poursuites à caractère politique contre l’opposition.
La résolution a été adoptée par 507 voix pour, 31 contre et 35 abstentions.