Un changement discret est en cours sur les eaux entre l’Angleterre et la France, où une petite start-up britannique réinvente la manière de voyager sur l’un des axes les plus fréquentés
d’Europe. Alors que la pression augmente pour réduire les émissions liées aux transports, SailLink propose une alternative plus lente, mais bien plus écologique : traverser la Manche à la voile.
Exploitant un catamaran de 17 mètres baptisé *Echoes*, l’entreprise transporte jusqu’à 12 passagers entre Douvres et Boulogne-sur-Mer. Contrairement aux ferries traditionnels ou aux vols court-courriers, le navire s’appuie principalement sur les forces naturelles — le vent et les courants de marée — pour effectuer la traversée, qui dure généralement entre quatre et cinq heures selon les conditions météorologiques.
Entrant désormais dans sa deuxième saison complète, SailLink attire de plus en plus de voyageurs soucieux de l’environnement. Le fondateur et skipper Andrew Simons estime que ce concept pourrait transformer le transport maritime sur de courtes distances. « Nous utilisons les forces qui existent déjà », explique-t-il, en référence au vent et aux marées comme principales sources d’énergie.
Bien que le catamaran utilise parfois ses moteurs pour quitter le port ou lors de périodes de calme plat, l’entreprise indique que près de 70 % des traversées de sa première saison ont été réalisées entièrement à la voile. Un contraste marqué avec les ferries et les avions, qui figurent parmi les modes de transport les plus polluants par passager.
Lancé commercialement en avril 2025 après plusieurs années de tests, le service a transporté 465 passagers et 135 vélos lors de sa première saison. La demande semble en forte hausse : cette année, l’augmentation du nombre de traversées a entraîné des centaines de réservations en seulement quelques jours après la réouverture.
Les billets coûtent environ 85 livres sterling l’aller simple, avec des réductions pour les jeunes voyageurs. Les cyclistes peuvent également embarquer leur vélo moyennant un supplément, ce qui rend l’offre particulièrement attractive pour les amateurs de tourisme durable et de voyage lent.
SailLink se distingue aussi par son mode de fonctionnement. Au lieu d’utiliser de grands ports industriels, les passagers embarquent dans des marinas situées en centre-ville, et les contrôles de passeport sont effectués directement à bord. Cette organisation simplifiée permet une expérience plus détendue, sans longues files d’attente ni formalités lourdes.
Pour de nombreux passagers, la traversée est autant une expérience qu’un simple trajet. Certains peuvent même participer à la navigation. « C’est tellement sans stress. Il n’y a pas d’enregistrement ni de files d’attente — on arrive, on monte à bord et on part », raconte le passager Douglas Atfield. « On est en harmonie avec la nature. »
Contexte de la Manche
La Manche est l’une des routes maritimes les plus fréquentées au monde, reliant le Royaume-Uni à l’Europe continentale. Chaque année, des millions de passagers la traversent via des ferries, le tunnel sous la Manche ou des vols court-courriers. Face aux préoccupations climatiques croissantes, des alternatives comme le transport à la voile suscitent un intérêt grandissant dans le cadre de la transition vers une mobilité plus durable.