
Bruxelles – La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a exhorté les dirigeants de l’Union européenne à moderniser les outils financiers et stratégiques du bloc, avertissant
que les défis géopolitiques et économiques à venir ne peuvent être relevés avec un budget obsolète.
S’exprimant lors du Conseil européen, Metsola a présenté un programme couvrant la guerre au Moyen-Orient, les réformes du marché intérieur et les négociations sur le budget à long terme de l’UE, connu sous le nom de cadre financier pluriannuel (CFP).
Tensions au Moyen-Orient et stabilité énergétique
Abordant les tensions croissantes au Moyen-Orient, Metsola a appelé à une résolution rapide et durable du conflit, soulignant la nécessité de garantir les droits, la dignité et la stabilité dans la région. Elle a également évoqué les préoccupations liées au programme nucléaire et balistique de l’Iran ainsi que l’importance stratégique de la libre circulation dans des routes maritimes clés comme le détroit d’Ormuz.
Elle a établi un lien direct entre l’instabilité géopolitique et la résilience économique de l’Europe, notamment en matière de prix de l’énergie. Elle a rappelé que les mesures européennes récentes sur le stockage du gaz et la diversification des approvisionnements ont contribué à stabiliser les marchés et à réduire la dépendance aux chocs extérieurs.
« En agissant pour aujourd’hui, nous ne pouvons pas abandonner ce qui fonctionne pour demain. Il ne faut pas réparer ce qui n’est pas cassé. Notre stratégie à long terme fonctionne. Nous devons maintenir le cap », a-t-elle déclaré.
Réformes du marché intérieur : « Une Europe, un marché »
Évoquant l’agenda de compétitivité de l’UE, Metsola a salué les progrès réalisés sur la feuille de route « Une Europe, un marché », convenue entre les institutions européennes. Cette initiative vise à approfondir le marché unique, réduire les fragmentations et renforcer la capacité de l’Europe à faire face aux chocs économiques.
Elle a toutefois insisté sur la nécessité de passer des engagements aux résultats concrets.
« Nous sommes désormais au stade où les engagements doivent se transformer en réalisations », a-t-elle affirmé, ajoutant que le Parlement européen fera avancer les travaux législatifs sur les priorités. « Les citoyens européens jugent l’Europe sur une seule chose : sa capacité à produire des résultats. »
Le débat sur le budget de l’UE : une pression pour réformer
Le message central de Metsola portait sur l’avenir du budget à long terme de l’UE. Le cadre financier pluriannuel (CFP) fixe les priorités de dépenses sur plusieurs années, couvrant des domaines tels que l’agriculture, la politique de cohésion, la recherche, les migrations et la défense.
Elle a averti que le prochain CFP doit être profondément adapté aux réalités géopolitiques actuelles, notamment la guerre en Ukraine, la concurrence économique mondiale et les défis de la transition énergétique.
Elle a confirmé que le Parlement européen prépare sa position avant les négociations avec le Conseil. Un vote en séance plénière est prévu la semaine prochaine, ouvrant la voie aux discussions formelles avec les États membres.
Le Parlement devrait défendre :
- des investissements accrus dans la compétitivité et la politique industrielle
- un financement renforcé pour la défense et la sécurité
- davantage de flexibilité pour répondre aux crises
- l’introduction de nouvelles « ressources propres » de l’UE
- des garanties contre une dépendance excessive à la dette future
Metsola a mis en garde contre une vision à court terme, estimant que les défis structurels exigent des réponses structurelles.
« L’Europe ne peut pas faire face à une nouvelle ère avec un ancien cadre. Nous ne pouvons pas continuer à répondre à un monde en mutation avec des outils dépassés. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un budget adapté à sa mission — prêt à agir là où et quand cela compte le plus », a-t-elle déclaré.
Contexte financier plus large de l’UE
Le débat sur le CFP intervient alors que l’UE doit concilier plusieurs priorités : soutien financier à l’Ukraine, accélération de la transition verte, renforcement des capacités de défense et gestion des migrations.
Les décisions récentes, notamment les aides massives à l’Ukraine et les investissements dans les infrastructures énergétiques, ont renforcé les appels à un budget plus flexible et plus ambitieux. Dans le même temps, certains États membres restent prudents quant à l’augmentation de la capacité budgétaire de l’UE ou à l’émission de dette commune.
Les négociations à venir devraient être déterminantes pour l’orientation politique et économique de l’Union pour le reste de la décennie.