Le Ghana relance le débat sur les réparations, la France se dit ouverte au dialogue

Le Ghana a ravivé son appel en faveur de réparations liées à la traite transatlantique des esclaves, le président français Emmanuel Macron ayant exprimé une ouverture au dialogue à l’issue de

discussions de haut niveau à Paris.

Lors d’une visite en France la semaine dernière, le président ghanéen John Dramani Mahama s’est entretenu avec Emmanuel Macron, accompagné du ministre des Affaires étrangères Samuel Okudzeto Ablakwa et d’autres responsables. Les échanges ont porté sur les réparations, la restitution du patrimoine culturel et des questions plus larges liées aux injustices historiques.

Après la rencontre, Samuel Okudzeto Ablakwa a indiqué que la France semblait disposée à envisager des discussions non seulement sur des réparations financières, mais aussi sur la restitution des œuvres africaines pillées, la réduction des inégalités économiques mondiales et la lutte contre le racisme structurel. Des responsables français ont ensuite confirmé que la restitution d’objets culturels et de restes humains, ainsi que les cadres juridiques encadrant ces démarches, figuraient parmi les sujets abordés, sans toutefois valider explicitement l’ensemble de l’agenda des réparations.

Ces discussions interviennent à un moment charnière. L’Nations Unies a récemment adopté une résolution portée par le Ghana reconnaissant l’esclavage comme le « crime le plus grave contre l’humanité » et appelant à des réparations. La France s’est toutefois abstenue lors du vote, évoquant des préoccupations selon lesquelles le texte pourrait instaurer une hiérarchie entre les crimes contre l’humanité.

Malgré cette abstention, Emmanuel Macron aurait souligné la volonté de la France d’engager un « dialogue ouvert et honnête », laissant entrevoir une évolution de ton, sinon encore de politique.

Une relation historique complexe

Les relations entre le Ghana et la France ont traditionnellement été façonnées par la diplomatie régionale plutôt que par une histoire coloniale directe, le Ghana ayant été principalement sous domination britannique. Toutefois, le Ghana s’impose de plus en plus comme un acteur majeur du plaidoyer panafricain, notamment sur la question des réparations — un sujet qui concerne directement la France en raison de son rôle historique dans la traite des esclaves et son expansion coloniale en Afrique de l’Ouest.

La France entretient des liens politiques, économiques et militaires étroits avec plusieurs pays francophones de la région, et le rapprochement avec le Ghana reflète une volonté plus large de renforcer les relations entre pays anglophones et francophones du continent. Cette coopération récente inclut le commerce, la sécurité — notamment dans le Sahel — et les échanges culturels, alors même que la question de la responsabilité historique gagne en importance.

Contexte historique et débat en cours

La France a reconnu en 2001 que l’esclavage constituait un crime contre l’humanité, mais, comme la plupart des pays européens, elle n’a ni présenté d’excuses officielles ni pris d’engagements concrets en matière de réparations. Entre le XVe et le XIXe siècle, environ 12,5 millions d’Africains ont été déportés de force à travers l’Atlantique, dont près de 1,3 million par la France.

Les appels aux réparations se sont intensifiés ces dernières années à l’échelle mondiale, portés par les pays africains et les diasporas. Toutefois, une opposition persiste, notamment en Europe, où certains estiment que les États actuels ne devraient pas être tenus responsables des crimes du passé.

Emmanuel Macron a déjà montré une volonté d’aborder certains aspects du passé colonial français, notamment en annonçant la création d’une commission sur l’histoire entre la France et Haïti. Reste à savoir si cette ouverture se traduira par des actions concrètes en matière de réparations, mais les efforts diplomatiques du Ghana montrent que le débat est loin d’être clos. Foto-USZC4-4043, Wikimedia commons.